« 17 janvier 1837 » [source : BnF, Mss, NAF 16329, f. 65-66], transcr. Erika Gomez, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.11336, page consultée le 24 janvier 2026.
17 janvier [1837], mardi soir, 6 h. ½
Encore une bonne journée de passée mon cher bien aimé, encore un caillou blanc dans notre vase de bonheur. Quanta à moi bien que souffrante j’ai eu tout le bonheur et toute la
joie que peut donner l’amour impatiemment et ardemment désiré. J’espère que toi aussi
tu auras eu quelque peu de bonheur dans les bras de ta pauvre vieille Juju malade et rechignée. Je voudrais seulement que
ce bonheur si ravissant fût moins rare et moins court : de qui cela dépend-il, à qui
faut-il s’adresser pour cela ? Dites le moi mon petit Toto afin que je prie nuit et
jour cet être là de m’accorder ce qui fait le ravissement de ma vie.
Je voudrais
marcher ce soir, il me semble que cela me calmerait la tête que j’ai toujours à l’état
de roue de cabriolet lancée sur un pavé inégal. D’un autre côté mon mal de reins
paraît ne devoir pas s’accommoder de l’excuse, ce serait très embarrassant si vous
veniez me chercher pour faire un tour de boulevard, mais dans l’état actuel des choses
je donne la préférence à ma chaise et au coin de mon feu.
Jour petit Toto chéri. Vous êtes mon cher amour
adoré. Vous m’avez dit de bien belles et de bien bonnes choses aujourd’hui sur la
dissemblance des caractères qui n’exclut pas la sympathie de
l’âme et la conformité de goût.
Je suis d’autant plus touchée de cela mon cher
adoré qu’il était évident que vous cherchiez à m’élever à mes propres yeux afin que
je
crusse à votre amour qui est plus que ma vie. Merci, merci mon cher petit toi.
J’ai bien compris, je suis bien heureuse et bien fière,
merci mon Toto adoré. Sois béni. Sans toi, sans ton amour j’aurais été perdue pour
cette vie et pour l’autre. Toi tu es mon sauveur, mon Christ, tout ce que le cœur humain aime et respecte.
Je te dis tout cela
comme je le sens, pêle-mêleb,
tant pis pour l’expression si elle ne vient pas avec le sentiment, ça ne me regarde
pas, moi je ne suis qu’une pauvre fille bien sincère, bien amoureuse et bien dévouée,
je ne peux pas être tout à la fois une belle esprit et une
bas bleuse trouée. Jour, je t’aime plein mon cœur et plein mon âme et puis encore
tout
plein mon corps.
Juliette
a « quand ».
b « pelle mêle ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
ils voyagent en Belgique, où elle prend le train pour la première fois.
- 20 févrierMort d’Eugène, frère de Victor Hugo, à Charenton.
- 26 juinLes Voix intérieures.
- 3 juilletPromu officier de la Légion d’Honneur.
- 14 août-14 septembreVoyage avec Hugo en Belgique et dans le nord de la France.
