17 juillet 1864

« 17 juillet 1864 » [source : BnF Mss, NAF 16385, f. 191], transcr. Anne Kieffer, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.3692, page consultée le 24 janvier 2026.

Bonjour, mon doux adoré, bonjour. Puisses-tu avoir passé une meilleure nuit que la mienne qui a été rien moins que bonne. Nous aurions eu droit, la pauvre Suzanne et moi, à un bon sommeil plein de doux rêves après l’accueil si gracieux que tu avais fait à notre tête… de veau, mais il n’en aa pas été ainsi. La pauvre fille a souffert toute la nuit et moi j’ai été réveillée à 2 h. ½ du matin par mon horrible douleur de côté. Cette fois c’était au côté droit ; et comme toujours cela a provoqué des vomissements. Après des souffrances inouïes, dont j’ai encore le douloureux retentissement, je me suis endormie vers six heures et me voilà de nouveau sur la brèche. Je n’ai pas envoyé chercher Corbin parce que je ne voulais pas forcer la pauvre Suzanne à se lever. J’ai suppléé aux flanelles chaudes le mieux que j’ai pu par mon oreiller appliquéb sur le côté. Maintenant que la crise est passée, je te souris comme si de rien n’était et ne sera plus. Je voudrais pouvoir en dire autant de ma pauvre Suzanne qui fait pitié en ce moment tant elle est défigurée par la souffrance. Je crains qu’elle ne fasse une maladie sérieuse car voilà longtemps qu’elle se plaint tout bas sans vouloir avouer qu’elle est malade. Mais quel maussade bulletin je te donne ce matin, mon doux adoré, moi qui ne voudrais t’entretenir que de mon amour. Pardonne-moi tout ce rabâchage diafoirique et surtout ne t’inquiète pas de ces crises dont Corbin à la clef. Comme vous avez été tous gentils hier, et toi par-dessus tout, en faisant si grande fête et si grande chère à notre petite SURPRISE CULINAIRE, à Suzanne et à moi. Pour ma part j’en ai été ravie, heureuse et reconnaissante et c’est du fond du cœur que je vous remercie tous et que je t’aime, toi, plus que tout au monde. Sois béni. Je t’adore.

J.


Notes manuscriptologiques

a « il n’en n’a pas ».

b « appliquer ».

Cette année-là…
?

Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.

elle emménage dans Hauteville II, que Hugo achète pour elle, et dont il soigne la décoration.

  • 14 avrilWilliam Shakespeare.
  • 16 avrilAchat du 20, Hauteville pour Juliette, qui y emménagera deux mois plus tard. La famille Hugo y avait résidé avant d’emménager à Hauteville-House. Juliette en avait signé le bail de location le 19 mai 1863.
  • 5 maiPar testament, Juliette Drouet institue Victor Hugo son légataire universel, et à défaut, les enfants de ce dernier. Elle nomme Victor Hugo son exécuteur testamentaire, et à défaut, Charles, puis François-Victor.
  • 15 juinPremière nuit de Juliette Drouet au 20, Hauteville.
  • 25 juilletElle pend la crémaillère dans sa nouvelle maison.
  • 15 août-26 octobreVoyage en Belgique, au Luxembourg et sur les bords du Rhin.