3 février 1864

« 3 février 1864 » [source : BnF, Mss, NAF 16385, f. 34], transcr. Marie-Laure Prévost, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.13004, page consultée le 25 janvier 2026.

Je t’aime c’est mon commencement, mon milieu, mon tout et ma fin. Je t’aime, je t’aime, je t’aime. Je ne crois pas que je puisse être prête avant deux heures, mon cher petit homme, sans compter que le temps est assez maussade. Donc si je peux être prête assez à temps [ce sera] une grande joie d’aller te retrouver dans notre petite maison et de voir en même temps les nouveaux panneaux que tu as dessinés1 et dont la description me fait venir l’eau à la bouche. J’ai envoyé chercher les petits candélabres2 que la femme ignorant le prix que son mari les avait faits, voulait les vendre, elle, douze sols de plus. Quant aux deux ramponneaux il y en a un dont le pied est raccommodé, ce qui n’empêche pas qu’on ne veuille les vendre 6 francs les deux3. Suzanne ne les a pas pris ce dont je l’approuve. Toi seul peut décider s’il y a lieu de les acheter à ce prix-là. Toutes ces choses sont d’une cherté [illis.] à déconcerter les bibeloteurs les plus intrépides et les plus enragés. Quant à moi je crois que cela me guérit petit à petit du bric-à-bracquisme et de la tessonerie. Cependant il ne faudrait pas trop s’y fier mais en attendant je me goberge dans cette illusion. Cher, cher adoré, surveille ton œil et ne laisse pas la congestion t’envahir peu à peu. Je tiens à ta disposition [illis.] et moi avec.

J.


Notes

1 Note intéressante sur la méthode de travail de Victor Hugo : des esquisses sur papier, il passait donc au dessin sur les panneaux avant de peindre ou de faire peindre les décors.

2 À préciser (n° d’inventaire MVH)

3 Dans son agenda, Victor Hugo note, trois jours plus tard, le 6 février qu’il a acheté ces deux Ramponneaux de faïence chez « la mac Farlane » pour 6 francs, afin de les donner à Juliette. Ces « Ramponneaux » sont sans doute les deux personnages semblant assis sur des tonneaux, placés de part et d’autre de la cheminée, dans la salle à manger de Hauteville Fairy (cf. photographie ancienne in Corinne Charles, Victor Hugo, visions d’intérieur : du meuble au décor, Paris, éditions Paris-Musées, 2003, p. 68). En réalité, Victor Hugo a seulement payé cet achat fait par Juliette comme on peut le voir dans la lettre suivante.

Cette année-là…
?

Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.

elle emménage dans Hauteville II, que Hugo achète pour elle, et dont il soigne la décoration.

  • 14 avrilWilliam Shakespeare.
  • 16 avrilAchat du 20, Hauteville pour Juliette, qui y emménagera deux mois plus tard. La famille Hugo y avait résidé avant d’emménager à Hauteville-House. Juliette en avait signé le bail de location le 19 mai 1863.
  • 5 maiPar testament, Juliette Drouet institue Victor Hugo son légataire universel, et à défaut, les enfants de ce dernier. Elle nomme Victor Hugo son exécuteur testamentaire, et à défaut, Charles, puis François-Victor.
  • 15 juinPremière nuit de Juliette Drouet au 20, Hauteville.
  • 25 juilletElle pend la crémaillère dans sa nouvelle maison.
  • 15 août-26 octobreVoyage en Belgique, au Luxembourg et sur les bords du Rhin.