« 23 décembre 1863 » [source : BnF, Mss, NAF 16384, f. 290], transcr. Gérard Pouchain, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.7491, page consultée le 24 janvier 2026.
Guernesey, 23 [décembre 1863], mercredi matin, 9 h.
Bonjour, mon cher bien-aimé, bonjour. Je suis montée tout à l’heure au moment où tu renonçais sagement à mettre ton lit à la pluie et à la grêle, espérant arriver assez vite pour que tu voiesa mes joyeux signaux mais cela ne m’a pas réussi : tu étais déjà retiré dans le fond de ton logis dont tu n’es plus sorti. Quoi qu’il en soit je suis contente de t’avoir entraperçu et je serais tout à fait heureuse si j’étais sûre que tu as passé une meilleure nuit que la mienne laquelle a été accidentée, panachée et encoqueluchée d’un pyrosisb1 carabiné que j’attribue à la bonne petite orange que j’avais eu la faiblesse de manger espérant me faire du bien à la gorge, mais tant tués que blessés, il n’y a personne de mort, pas même moi qui me porte comme un diable ce matin, au rhume près. Donc, mon cher petit homme, ne vous inquiétez pas, ne grondez-pas et rapportez-vous en moi pour vivre autant que vous. EST-CE CLAIR ? Ce qui ne l’est pas du tout en ce moment c’est le temps qui me paraît bien brouillé et bien engrimacé. Cela n’empêche pas ma sœur de s’inquiéter du moyen de retourner le plus tôt possible après Noël dans sa vieille Bretagne bretonnante où son mari l’attend BAZIEMMENT LES PRAS [SOUVERTS ?]2. Je suis décidée à la laisser maîtresse d’elle-même car je sens qu’elle est nécessaire à son digne et excellent et mari et qu’elle s’amuse médiocrement dans ma maison disloquée. J’espère que le temps aura la mansuétude de lui faire un bon et doux passage et même deux passages de mer. Une fois sur le plancher des vaches elle ne craindra plus rien ni moi non plus. En attendant je viens de lui faire cadeau d’une paire d’oreillers de ta part, tantôt je lui donnerai mon grand portrait photographié, ce qui joint à l’exemplaire des Misérables[Une ligne illisible.] lui fait un petit bagage de cadeaux assez agréable. Merci pour elle, mon adoré, et merci pour moi. TU ES MON GÉNÉREUX HOMME que j’adore.
1 Pyrosis : Reflux gastro-oesophagien.
2 Juliette Drouet raille parfois l’accent prussien de son beau-frère.
a « voyes ».
b « pyrrosis ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
Adèle, fille de Hugo, s’enfuit au-delà des mers à la poursuite désespérée d’un militaire dont elle est amoureuse. Mme Hugo adresse quelques signes de courtoisie à Juliette.
- 19 maiElle signe un bail de location pour la maison du 20, Hauteville.
- 18 juinAdèle, fille de Victor Hugo, part rejoindre le lieutenant Pinson.
- 2 juilletMme Hugo offre et dédicace à Juliette Drouet un exemplaire de son Victor Hugo raconté par un témoin de sa vie.
- 15 août-7 octobreVoyage en Belgique, au Luxembourg et sur les bords du Rhin.
- DécembreElle décline l’invitation de Mme Hugo à participer au dîner des enfants pauvres.
