31 mars 1836

« 31 mars 1836 » [source : BnF, Mss, NAF 16326, f. 250-251], transcr. André Maget, rév. Guy Rosa, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.750, page consultée le 24 janvier 2026.

Bonjour, ma chère petite âme, comment avez-vous passé la nuit, toi surtout, mon grand Toto, méchant et injuste, comment vas-tu ce matin ? Moi, je t’aime. Voilà comment je vais. Hier, dans un moment de juste indignation pour la manière dont tu interprétais mes démonstrations d’amour, j’avais résolu de ne plus t’écrire jusqu’à ce que le goût de l’amour te soit revenu. J’attribuais aux trop grandes preuves d’amour que j’ai été assez heureuse pour te donner depuis un an, et surtout depuis trois mois, la fatigue et le dégoût qui s’est emparé de toi et dont tu rejettes sur moi toute la faute. Mais j’ai tant de bonheur à t’écrire, je souffre tant de penser que tu es blasé sur mon amour, que j’aime mieux me faire illusion en continuant de t’inonder de tendresses de toutes sortes comme par le passé.
J’ai hâte de te voir pour savoir comment va ton cher petit ange et comment, toi, tu as passé la nuit ; et puis j’ai sur les lèvres tant d’amour que ton ingratitude a refoulé hier dans mon cœur, et puis j’ai celui de cette nuit, celui de ce matin, celui d’à-présent, celui de tantôt, celui de toujours, à te donner pour soulager d’autant mon pauvre cœur trop plein.
Bonjour, je t’aime. C’est vous qui êtes une VIEILLE BÊTE, vous radotez, vous ne savez ce que vous dites ; moi, je suis une jeune POULETTE parce que je vous aime.

J.


« 31 mars 1836 » [source : BnF, Mss, NAF 16326, f. 252-253], transcr. André Maget, rév. Guy Rosa , in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.750, page consultée le 24 janvier 2026.

Cher bien-aimé, voici qu’il est déjà l’heure passée. Je ne crois pas que tu viennes maintenant pour aller au théâtre, mais j’espère encore que tu pourras venir pour baiser ta pauvre Juju qui ne demande que plaie et bosse.
Nous avons dîné très tard parce que les serruriers n’ont fini qu’à huit heures.
Je t’aime mon amour, je t’aime mon Victor, il faut bien que tu le croies puisque je te le dis avec l’âme, puisque je te le dis avec le cœur, puisque je te le dis avec les yeux, puisque je te le dis avec la bouche et puisqu’enfin, je te le dis toujours dans ma pensée.
Cher ange, j’espère que le retard que tu apportes à venir auprès de moi ne veut pas dire que notre cher petit Toto soit plus souffrant ce soir. Mon amour, ma joie, mon grand Toto, je vous aime et je vous suis fidèle, entendez-vous ?
Je vous baise pour toutes les bêtises que vous m’avez dites, je vous caresse pour tout le mal et toutes les injustices que vous m’avez faites depuis hier.

Juliette

Cette année-là…
?

Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.

elle refuse un engagement à la Porte-Saint-Antoine. Hugo l’emmène en voyage en Normandie et en Bretagne, où elle revoit Fougères, sa ville natale.

  • JanvierElle refuse un engagement au Théâtre de la Porte-Saint-Antoine.
  • 8 marsElle emménage au 14 rue Sainte-Anastase.
  • 23 marsHugo donne une mèche de ses cheveux à Juliette.
  • 26 marsReprise d’Angelo tyran de Padoue à la Comédie-Française. Marie Dorval joue la Tisbe, Mlle Volnys joue Catarina.
  • 15 juin-21 juilletVoyage avec Hugo en Normandie. Le 22 juin, étape à Fougères où elle n’était pas revenue depuis l’enfance.
  • 14 novembreLa Esmeralda à l’Opéra (musique de Louise Bertin, fille de Bertin aîné, sur un livret de Hugo).
  • 8 décembreMort en bas âge de son neveu Michel-Ernest Koch.