« 2 août 1855 » [source : BnF, Mss, NAF 16376, f. 303-304], transcr. Magali Vaugier, rév. Guy Rosa, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.7157, page consultée le 25 janvier 2026.
Jersey, 2 août 1855, jeudi après-midi, 4 h.
Je t’aime, mon cher petit homme, je suis heureuse de savoir que tu es
heureux au milieu de ton petit groupe complet1. Cette pensée me donne la patience de t’attendre
sans trop d’ennui. Cependant dès que Vacquerie aura fini de vider son sac aux immondices
impériales et de dévider le chapelet de tous les dévouements et de
toutes les amitiés restéesa fidèles à toi, je te prierai de venir me relever
de ma faction de Juju perdue. Du reste, mon cher petit homme, comment va
ton torticolis ? Voilà un temps qui ne doit pas lui aller beaucoup, je
le crois ; quant à moi, j’ai un torticolis général, qui m’empêche de
remuer ni pieds ni pattes et qui me fatigue beaucoup. Dieu ! quels
torrents de pluie ! Heureusement que vous êtes tous à l’abri, mes
pauvres MOINEAUXb.
Vacquerie a eu une chance d’avoir fait son entrée ou la rentrée à Jersey
à pied sec ce matin. Si j’avais été de l’escorte, il est probable qu’il
n’en n’aurait pas échappé une goutte. Telle est ma force barométrique.
J’ai reçu une lettre collective des Luthereau qui me chargent de te remercier avec la plus
profonde reconnaissance2. Seulement comme Luthereau tientc à remettre ta lettre à
Dumas en main propre, il
s’ensuit qu’il l’a encore en portefeuille car il lui a été impossible de
rejoindre Dumas ni d’avoir une réponse de lui jusqu’à présent. Peut-être
n’est-il pas à Paris ? Mais dans la position si nécessiteuse de ces
pauvres gens, on comprend leur impatience. Quant à Asplet3, il paraît qu’il était au
septième ciel de ton cadeau et qu’il rayonnait de joie ; ce que je
comprends parfaitement d’après moi-même.
Maintenant, je vous
demande la main sur votre gilet de flanelle, si tout cela vaut la peine
d’être gribouillé et si nous ne sommes pour aussi bêtas les uns que les
autres de vous fourrer le nez dans ces orties sous prétexte de restitus.
J.
1 Retour de Vacquerie après son séjour en France auprès de sa mère malade, évoqué par Juliette dans sa lettre du 20 juin.
2 Écho aux lettres des 17 et 18 juillet.
3 Il peut s’agit de Charles Asplet ou de Philippe Asplet.
a « restés ».
b « moinieaux ».
c « tint ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle suit Hugo, expulsé de Jersey, à Guernesey.
- 8 févrierMort d’Abel Hugo (né en 1798).
- 20 juinFête en l’honneur de Hugo dans son jardin.
Après la crise de démence de Jules Allix dans la nuit du 10 au 11 octobre, on met fin aux séances de tables parlantes. - 17 octobreHugo fait partie des signataires, dans le journal L’Homme, d’une déclaration s’opposant à l’expulsion de trois journalistes.
- 31 octobreHugo, François-Victor et Juliette quittent Jersey pour Guernesey. Hugo et son fils vont à l’Hôtel de l’Europe. Juliette va au Crown Hotel, puis en location.
- 9 novembreHugo et les siens s’installent au 20, Hauteville.
- 14 décembreJuliette vient d’emménager au 8 rue du Havelet, chez Miss Le Boutillier.
