« 29 mars 1836 » [source : BnF, Mss, NAF 16326, f. 242-243], transcr. André Maget, rév. Guy Rosa, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.748, page consultée le 24 janvier 2026.
29 mars [1836], mardi matin, 9 h. ½
Bonjour mon bien-aimé. Je t’écris de mon lit où je suis encore avec un excessif mal
de tête. Je pense, ma chère âme, que tu n’as pas emporté de tristesse des petits
nuages noirs qui ont obscurci notre bonheur hier au soir. Il y a eu malentendua de ma part mais aucunement
l’intention de te faire du chagrin. Je ne te fais pas de reproches de celui que tu
m’as fait avec intention et qui est irréparable à présent. J’espère que tu ne le feras
plus jamais et que tu comprendras qu’il ne faut pas que nous profitions à notre
détriment des préoccupations dont nous ne sommes pas les maîtres. Pardonne-moi si
je
te fais cette petite morale ; mais c’est que je suis vraiment bien triste de la perte
de notre petit charmant dîner d’hier.
Je t’aime, oui je t’aime, tu ne peux pas
en douter, toi, tu n’as pas le droit d’en douter. Tout ce qu’une femme peut faire
humainement, je le fais. Tout ce qu’une maîtresse peut donner d’amour, je te le donne
et bien plus encore. Je te donne ma vie, je te donne mon âme, je te donne ma pensée.
Si je connaissais quelque chose dont tu eusses envie, je te le donnerais à mes risques
et périls. Je t’aime.
Juliette
a « mal entendu ».
« 29 mars 1836 » [source : BnF, Mss, NAF 16326, f. 244-245], transcr. André Maget, rév. Guy Rosa, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.748, page consultée le 24 janvier 2026.
29 mars [1836], mardi soir, 8 h. ¾
Je t’ai à peine quitté depuis une minute, mon cher bien-aimé, et déjà j’ai le besoin
de t’écrire, le trop plein de mon cœur s’en va sur le papier. Pauvre petit ange adoré,
vous êtes ma joie. Quand vous êtes auprès de moi, je me sens joyeuse et tranquille,
je
crois que vous m’aimez. Mais dès que vous êtes parti, je deviens triste et inquiète
et
toutes mes incertitudes, tous mes doutes, reviennent au galop. Je vous aime, mon
Victor, aimez-moi donc aussi, par pitié si ce n’est par justice.
Je compte
beaucoup sur la promesse que vous m’avez faite ce soir et je tiens ma PRIME à votre
disposition.
Bonjour, cher Toto, je vous ai laissé aller à vos affaires espérant
que vous n’abuserez pas de ma confiance pour vous rendre au théâtre. Ce serait affreux
et je ne vous en crois pas capable.
Je t’attends, mon Toto, avec une bonne
provision d’amour. J’ai des bons baisers touta frais et de bonnes caresses toutes chaudes avec lesquels vous
pourrez vous régaler si vous avez faim et soif de moi comme je l’ai de vous.
Je
t’aime, tu sais ?
Juliette
a « tous ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle refuse un engagement à la Porte-Saint-Antoine. Hugo l’emmène en voyage en Normandie et en Bretagne, où elle revoit Fougères, sa ville natale.
- JanvierElle refuse un engagement au Théâtre de la Porte-Saint-Antoine.
- 8 marsElle emménage au 14 rue Sainte-Anastase.
- 23 marsHugo donne une mèche de ses cheveux à Juliette.
- 26 marsReprise d’Angelo tyran de Padoue à la Comédie-Française. Marie Dorval joue la Tisbe, Mlle Volnys joue Catarina.
- 15 juin-21 juilletVoyage avec Hugo en Normandie. Le 22 juin, étape à Fougères où elle n’était pas revenue depuis l’enfance.
- 14 novembreLa Esmeralda à l’Opéra (musique de Louise Bertin, fille de Bertin aîné, sur un livret de Hugo).
- 8 décembreMort en bas âge de son neveu Michel-Ernest Koch.
