« 29 février 1836 » [source : BnF, Mss, NAF 16326, f. 149-150], transcr. André Maget, rév. Guy Rosa, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.720, page consultée le 24 janvier 2026.
29 février [1836], lundi matin, 11 h.
Bonjour cher Toto, bonjour mon pauvre martyr d’hier au soir. Bonjour, je t’aime. Je
ne suis pas tout à fait aussi bien ce matin qu’hier mais j’espère beaucoup du déjeuner. J’ai un grand mal de tête et de gorge et de plus
je souffre du dos et des entrailles. Voilà, j’espère un attirail complet de maux.
Cependant mon plus grand mal, celui que je sens le plus, c’est de ne pas vous voir
et
de ne pas vous baiser à mon aise. J’avoue que de tous mes maux celui-là est le plus
malin.
J’espère mon cher petit garde malade qu’en bon chrétien vous vous
dépêcherez de guérir ce mal-là, dussiez-vous en éprouver beaucoup de chagrin. Bonjour
donc, en attendant que je puisse vous faire des démonstrations plus vives et plus
tendres, avec les lèvres et le cœur. Je me sens plus éloquente en pantomime qu’en
style épistolaire. Je me sens du génie dans vos bras mais seule je ne suis qu’une
pauvre bête d’amoureuse bien triste et bien maussade.
C’est que je t’aime,
vois-tu, c’est que je t’adore, c’est que tu es ma joie et mon bonheur. Mille et mille
baisers.
Juliette
« 29 février 1836 » [source : BnF, Mss, NAF 16326, f. 151-152], transcr. André Maget, rév. Guy Rosa, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.720, page consultée le 24 janvier 2026.
29 février [1836], lundi soir, 8 h. ¾
Mon cher petit bijou, je ne vais pas me coucher sans te dire un petit bonsoir
affectueux. Sans te dire que je ne sais lequel j’aime le plus de toi amant et amoureux
ou de toi garde-malade et dévoué à toutes les exigences les plus absurdes de la Juju
malade. Vous êtes tous les deux également admirables et adorables, et je vous aime
et
je vous admire de tout ce que j’ai d’admiration et d’adoration dans mon pauvre petit
pot fêlé.
Bonsoir papa, bonsoir mon adoré, je suis toujours bien souffreteuse.
Je crois que je n’ai plus rien de bon que l’âme et je te la donne, ainsi ce qui me
reste ne vaut pas un regret.
Bonsoir chéri, je crains que les préparatifs que tu as voulu faire ce soir ne cachent une
absence sinon coupable, du moins trop prolongée pour mon
bonheur, car je suis heureuse quand tu es là.
Une dernière fois bonsoir, je te
baise tes deux petites mains modèles.
Juliette
[Au verso :]À mon bien-aimé.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle refuse un engagement à la Porte-Saint-Antoine. Hugo l’emmène en voyage en Normandie et en Bretagne, où elle revoit Fougères, sa ville natale.
- JanvierElle refuse un engagement au Théâtre de la Porte-Saint-Antoine.
- 8 marsElle emménage au 14 rue Sainte-Anastase.
- 23 marsHugo donne une mèche de ses cheveux à Juliette.
- 26 marsReprise d’Angelo tyran de Padoue à la Comédie-Française. Marie Dorval joue la Tisbe, Mlle Volnys joue Catarina.
- 15 juin-21 juilletVoyage avec Hugo en Normandie. Le 22 juin, étape à Fougères où elle n’était pas revenue depuis l’enfance.
- 14 novembreLa Esmeralda à l’Opéra (musique de Louise Bertin, fille de Bertin aîné, sur un livret de Hugo).
- 8 décembreMort en bas âge de son neveu Michel-Ernest Koch.
