« 13 février 1836 » [source : BnF, Mss, NAF 16326, f. 97-98], transcr. André Maget, rév. Guy Rosa, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.704, page consultée le 24 janvier 2026.
13 février [1836], samedi matin, 9 h. ¼
Bonjour mon pauvre petit malade. Comment vas-tu ce matin ? Je crains que tu n’aies
prolongé ton mal en travaillant cette nuit. Pauvre Toto adoré, je n’ai plus le courage
de te dire toutes mes angoisses à ce sujet-là. Ce qu’il faudrait pour t’empêcher de
te
tuer pour moi, ce ne sont pas des paroles, je le sens bien, aussi je souffre de tes
souffrances sans oser te plaindre, ni mea plaindre.
Je t’aime mon Victor bien aimé, je
t’aime de toutes les forces de mon âme. Il y a bientôt trois ans que j’ai le bonheur
de te le dire, mais il y a plus longtemps que je t’aime. Je t’aime depuis le jour
où
je t’ai vu, je t’admire depuis le jour où je t’ai lu. Mais s’il y a un commencement
à
mon amour et à mon admiration, je suis sûre qu’il n’y aura pas de fin. À moins que
l’âme et l’intelligence ne périssent avec le corps. Autrement vous en avez pour
l’éternité, de mon amour, ce qui vous effraie peut-être, mon cher petit volage. Mais prenez-en votre parti car ce sera comme cela.
Je vais me lever pour être prête lorsque vous viendrez me chercher. J’ai eu bien
mal à l’estomac toute la nuit mais c’est un passé maintenant.
Et puis je t’aime.
Juliette
a « me » est répété par inadvertance.
« 13 février 1836 » [source : BnF, Mss, NAF 16326, f. 99-100], transcr. André Maget, rév. Guy Rosa, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.704, page consultée le 24 janvier 2026.
13 février [1836], samedi soir, 9 h.
Mon cher petit bijou, je vous aime tout plein et plus encore.
Vous m’avez
joliment fait tourner en chien ce soir mais je vous
pardonne. Je vous pardonnerai encore bien plus si vous venez très tôt à dix heures et demie. Je me sens dans de très bonnes dispositions ce soir, ainsi vous n’avez qu’à vous préparer
à... bien des choses.
Je pense que nous sommes parfaitement en règle maintenant
sauf les petites tribulations que nous aurons à supporter au fur et à mesure.
Je
suis très fâchée que cette harpagone de propriétaire se soit
arrangée ainsi. J’avais tant compté sur cet argent pour te laisser reposer un peu.
On
dirait vraiment que tous les diables s’en mêlent comme si ce n’était pas assez de
notre position purement et simplement. Enfin, mon pauvre cher bien-aimé, je vais
redoubler d’efforts pour économiser et mettre de l’ordre dans ma dépense. Tu vois
au
reste, mon pauvre petit adoré, que je ne recule pas devant la fatigue et la
persévérance. Le secret de ma force et de ma constance est dans mon amour. Je t’aime
mon Toto chéri, je t’adore mon Victor.
J.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle refuse un engagement à la Porte-Saint-Antoine. Hugo l’emmène en voyage en Normandie et en Bretagne, où elle revoit Fougères, sa ville natale.
- JanvierElle refuse un engagement au Théâtre de la Porte-Saint-Antoine.
- 8 marsElle emménage au 14 rue Sainte-Anastase.
- 23 marsHugo donne une mèche de ses cheveux à Juliette.
- 26 marsReprise d’Angelo tyran de Padoue à la Comédie-Française. Marie Dorval joue la Tisbe, Mlle Volnys joue Catarina.
- 15 juin-21 juilletVoyage avec Hugo en Normandie. Le 22 juin, étape à Fougères où elle n’était pas revenue depuis l’enfance.
- 14 novembreLa Esmeralda à l’Opéra (musique de Louise Bertin, fille de Bertin aîné, sur un livret de Hugo).
- 8 décembreMort en bas âge de son neveu Michel-Ernest Koch.
