« 21 juillet 1847 » [source : MVH, α 7940], transcr. Nicole Savy, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.3762, page consultée le 27 janvier 2026.
21 juillet [1847], mercredi matin, 8 h. ¼
Bonjour, mon doux Toto, bonjour, mon cher petit bien-aimé, bonjour, mon adoré,
bonjour je t’aime et je te souris. Je reconnais que j’ai été
stupidement méchante hier et que tu as été mille fois bon et adorablement indulgent
et
patient. J’assume tous mes torts passés et même ceux à venir car il n’est que trop
probable qu’ils se renouvelleront encore plus d’une fois. Cette aimable prévoyance
ne
t’allèche que médiocrement mais je dois à la vérité, et à la connaissance que j’ai
de
mon caractère et de mon amour, d’en convenir franchement. Le jour où je t’aimerai
moins il me sera très facile d’être bonne et charmante. Le tout est d’en arriver là
mais j’ai grand peur de m’être trompée de route. Pour le moment je poursuis mon chemin
à bride abattue dans le sens contraire, au risque de t’aimer trop et d’être encore
dix mille fois plus méchante. Maintenant, Toto, baisez-moi et pardonnez-moi car c’est
par ma faute, c’est par ma faute, c’est par ma très grande faute. C’est pourquoi je
vous supplie de ne pas me garder rancune et de ne pas me prendre en grippe et en
horreur. Ainsi soit-il.
N’oublie pas ma culotte, mon cher petit homme, la grande chaleur étant passée ce vêtement me devient de
plus en plus indispensable1. C’est plus qu’un plaisir c’est un besoin
et tu serais cruel de me le faire attendre plus longtemps.
Juliette
1 Exemple d’humour de Juliette, qui termine cette lettre-Confiteor par un jeu de mots presque leste : elle rabat le sens figuré de « culotte » sur son sens ordinaire, le festin sur la lingerie.
« 21 juillet 1847 » [source : MVH, α 7941], transcr. Nicole Savy, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.3762, page consultée le 27 janvier 2026.
21 juillet [1847], mercredi après-midi, 3 h.
Je ne suis pas encore prête, mon petit Toto, ce qui fait que je n’irai pas chez
Louise1 tout à l’heure ;
ce sera pour un autre jour où j’aurai plus de temps devant moi. Je suis contrariée
que
Joséphine ne soit pas venue à temps pour
te porter ton tapis. Du reste cela ne m’étonne pas par l’habitude que j’ai d’être
malencontreuse dans tout ce que je désire et dans tout ce que je fais. J’espère
pourtant qu’elle viendra ce soir à moins qu’elle ne soit malade. Dans tous les cas
j’enverrai savoir ce qui la retient chez elle, car elle n’est pas venue non plus
dimanche.
Cher petit homme, mon Toto bien-aimé, je t’aime à deux genoux
trois cœurs. Je voudrais te faire de bonnes surprises toute la journée.
Malheureusement tes moyens ne me le permettent pas. C’est
dommage car je m’y entendraisa assez bien. À la place de ces
gracieusetés, je ne peux t’offrir que mon amour qui n’est rien moins qu’aimable trop
souvent et qui, dans tous les cas, ne peut pas faire l’office de surprise. Enfin chacun donne QU’EST-CE QU’IL A. Moi je te donne mon cœur.
Juliette
a « enttendrais », semble-t-il corrigé par-dessus « attendrais ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle écrit ses mémoires de couvent pour documenter l’épisode du Petit-Picpus dans Les Misérables.
- 23 janvierPremière de la reprise de Lucrèce Borgia à la Porte-Saint-Martin.
- 21 juinElle assiste avec Hugo à la messe à Saint-Mandé, pour le premier anniversaire de la mort de Claire.
- Août-septembreLiaison de Hugo avec Alice Ozy, qui est aussi la maîtresse de son fils Charles.
- 4 septembreLe corps de Claire Pradier est exhumé une seconde fois pour être placé dans un caveau au cimetière de Saint-Mandé.
- 7-9 septembreÀ la demande de Hugo qui s’en servira pour Les Misérables, Juliette écrit ses mémoires de couvent.
- 30 septembre-7 octobreVoyage en Normandie.
