« 17 mars 1847 » [source : MVH, α 7858], transcr. Nicole Savy, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.2025, page consultée le 25 janvier 2026.
17 mars [1847], mercredi matin, 11 h.
Bonjour, mon toujours plus adorable et plus adoré bien-aimé, comment
va ton rhume ce matin ? Il fait bien beau aujourd’hui mais pour ce genre
d’indisposition cela n’a pas grande influence, car il faut que la moucherie ait son
cours. Aussi je crains que ce matin tu ne sois encore plus souffrant qu’hier. Je
t’attends avec une tendre et inquiète impatience que tu comprends bien, n’est-ce pas
mon doux adoré ? J’ai hâte de savoir où tu en es de ton coryzaa et j’ai besoin d’approcher les lèvres
de tes lèvres et de respirer ton souffle. J’ai besoin de mettre mes yeux dans tes
yeux, mon cœur sur ton cœur et mon âme dans ton âme. Dépêche-toi de venir auprès de
moi dès que tu le pourras, je t’en serai bien reconnaissante.
Ne crains rien de
toutes ces hideuses histoires d’avant-hier, mon bien-aimé, elles n’arriveront jamais
chez toi1. Du moins j’y ferai tout mon
possible. J’essaierai d’être calme et résignée devant toutes ces odieuses turpitudes.
Ne t’en inquiète donc plus mon Victor chéri et ne pense qu’à venir me rejoindre le
plus vite possible.
Je t’aime à deux genoux et je t’embrasse de toutes mes
forces.
Juliette
1 Allusion aux reproches de Mme Rivière (voir lettre du 15 mars) sur la conduite de Juliette pendant la maladie de sa fille Claire.
a « coriza ».
« 17 mars 1847 » [source : MVH, α 7859], transcr. Nicole Savy, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.2025, page consultée le 25 janvier 2026.
17 mars [1847], mercredi soir, 5 h. ¾
Je te donne la plus grande marque de courage et d’amour qui soit en
moi, mon Victor, en résistant à la tristesse que ton absence me cause. Je veux que
tu
sois sans inquiétude et sans remords loin de moi, pour cela je m’efforce d’être calme
et heureuse. J’espère, et c’est surtout cette espérance qui fait mon courage, que
je
te reverraia ce soir. D’ici là je
vais bien des fois regarder ma pendule et soupirer après minuit, bien heureuse si
j’entends ton cher petit pas retentir dans le vestibule au dernier coup de ce même
minuit. Je l’espère plus qu’il ne faudrait peut-être, si j’étais plus prudente
qu’amoureuse, plus raisonnable que tendre. Enfin il faut bien que je tâche d’arriver
à
cette nuit sans trop de peine ; pour m’y aider je m’appuie sur la bonne promesse que
tu m’as faite, au risque qu’elle ne me plante là au bon moment. Enfin je fais comme
je
peux, voilà tout.
Quelleb belle
journée aujourd’hui, mon Victor, et quel regret c’est pour moi de n’en avoir pas
profité avec toi. Demain par exemple je compte bien aller te chercher à l’Académie.
L’empêchement que je ne veux pas prévoir ne viendrait que de toi, ce qui serait fort
triste. Mais cela ne sera pas je l’espère, et je renforce ma patience avec cette
double perspective de bonheur pour cette nuit et pour demain. D’ici là, pense à moi,
sois-moi bien fidèle et aime-moi, et je te promets d’être un écho bien exact de mon
côté.
Juliette
a « reverai ».
b « quel ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle écrit ses mémoires de couvent pour documenter l’épisode du Petit-Picpus dans Les Misérables.
- 23 janvierPremière de la reprise de Lucrèce Borgia à la Porte-Saint-Martin.
- 21 juinElle assiste avec Hugo à la messe à Saint-Mandé, pour le premier anniversaire de la mort de Claire.
- Août-septembreLiaison de Hugo avec Alice Ozy, qui est aussi la maîtresse de son fils Charles.
- 4 septembreLe corps de Claire Pradier est exhumé une seconde fois pour être placé dans un caveau au cimetière de Saint-Mandé.
- 7-9 septembreÀ la demande de Hugo qui s’en servira pour Les Misérables, Juliette écrit ses mémoires de couvent.
- 30 septembre-7 octobreVoyage en Normandie.
