« 2 septembre 1846 » [source : BnF, Mss, NAF 16364, f. 93-94], transcr. Gwenaëlle Sifferlen, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.1464, page consultée le 24 janvier 2026.
2 septembre [1846], mercredi matin, 7 h. ½
Bonjour, mon pauvre cher aimé, bonjour, comment va ton fils ? Comment a-t-il passé
la
nuit et comment va-t-il ce matin ? Comment allez-vous tous, mes pauvres éprouvés1 ? J’attends avec une anxiété que tu dois comprendre le moment où je
pourrai savoir ce qui s’est passé. Je mets toute ma prière et toute ma confiance en
Dieu pour qu’il rende tout de suite la santé à votre cher enfant, et à vous tous la
tranquillité et le bonheur. Voilà un temps favorable pour ce pauvre malade, l’air
s’est bien rafraîchia et c’est ce
qui convient pour les congestions aux cerveaux. Que j’apprenne tantôt que ce cher
enfant a passé une bonne nuit et je remercieraib le bon Dieu de toute mon âme. D’ici là, ma pensée va de
l’espoir à la crainte et réciproquement, comme le balancier d’une pendule. Cela me
rappelle ces2 ……c
Je ne veux pas parler de cela, c’est trop douloureux. Mon Victor béni, je
t’aime, je prie pour toi et pour ton enfant et pour toute ta chère famille. Je
voudrais être à tantôt et surtout, ô mon Dieu ! je voudrais savoir que vous m’avez
exaucée dans mes vœux si sincères et si ardents, et qu’il n’y a plus rien à craindre
pour ce pauvre enfant. J’ai ma tête malade, je ne peux pas penser sans souffrir. Cher
adoré, mon Victor, je t’aime et j’aime tout ce que tu aimes. Je t’adore.
Juliette
1 Charles Hugo a la fièvre typhoïde.
2 Allusion probable aux derniers mois de Claire Pradier, où l’aggravation de la maladie alternait avec des périodes de rémission porteuses d’un vain espoir.
a « raffraichi ».
b « remercirai ».
c Les six points de suspension courent jusqu’au bout de la ligne.
« 2 septembre 1846 » [source : BnF, Mss, NAF 16364, f. 95-96], transcr. Gwenaëlle Sifferlen, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.1464, page consultée le 24 janvier 2026.
2 septembre [1846], mercredi soir, 7h.
Je t’ai vu enfin, mon doux adoré. Il était temps car malgré mon courage et ma résignation je sentais que le cœur allait me manquer. Oh ! c’est que je sens bien tout ce que tu souffres, mon Dieu, je le sens avec mes tristes et récents souvenirs1, je le sens avec mon amour, je le sens comme si j’avais ton âme dans la mienne et mon cœur dans le tien. Pauvre pauvre bien-aimé, pourquoi ne puis-je pas te faire un bouclier de ma tendresse contre toutes les mauvaises choses de la vie, pourquoi Dieu ne l’a-t-il pas voulu, ne l’a-t-il pas rendu possible ? Avec quelle joie je t’aurais donné la mienne, de vie, pour en faire de la santé et du bonheur pour toi et pour toute ta famille. Je te dis cela bien souvent, mon Toto, parce que c’est bien, bien vrai et que je regrette amèrement l’impossibilité de le faire dans toutes les occasions où tu es triste et malheureux comme aujourd’hui. Pourvu que cette nuit soit meilleure que l’autre, mon Dieu, pourvu que tes forces et ton courage suffisent pour supporter la fatigue et l’inquiétude affreuse tout le temps que durera encore cette atroce maladie ? J’ai le cœur plein d’angoisse et de douleur. Loin de trouver des consolations, je te tourmente de mes craintes et de mon désespoir. Cependant, le bon Dieu est toujours là et je t’aime plus que jamais. Que faut-il donc de plus pour avoir confiance et pour espérer ? Espère, mon adoré, espère. Je [sais ? sens ?] que le bon Dieu a pitié de toi et de ta sainte femme et qu’il vous rendra bientôt votre enfant guéri. Je baise tes pieds.
Juliette
1 Claire Pradier, la fille de Juliette Drouet, est morte le 21 juin 1846 de la tuberculose, après une longue agonie.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
sa fille Claire meurt de la tuberculose. Le père biologique, James Pradier, et le père adoptif, l’accompagnent dans ce deuil. Celui-ci libère Hugo du blocage qui l’empêchait de se rendre sur la tombe de Léopoldine, où il se rend pour la première fois depuis trois ans.
- 28 marsCrise nerveuse de Claire.
- 1er-5 juinHugo, à la Chambre des Pairs, participe au procès de Pierre Lecomte, auteur d’un attentat manqué contre le roi. Lecomte sera guillotiné.
- 2 juinJuliette et sa fille s’installent à Auteuil, 56 rue de la Fontaine, dans un appartement que leur loue Pradier. Il refuse de louer un appartement plus confortable pourtant disponible dans le même immeuble.
- 21 juinMort de Claire Pradier.
- 23 juinEnterrement de Claire Pradier au cimetière d’Auteuil.
- Juin-juilletVictor Vilain réalise un buste en terre cuite de Juliette.
- 11 juilletAprès la découverte des dernières volontés de Claire, son corps est exhumé et transféré au cimetière de Saint-Mandé.
- 1er-2 aoûtVictor Hugo et Juliette partent en excursion le samedi toute la journée, et le dimanche matin, et prennent le chemin de fer.
- 25-28 septembreSéjour en Normandie, à Caudebec et Villequier.
