« 2 décembre 1843 » [source : BnF, Mss, NAF 16353, f. 117-118], transcr. Olivia Paploray, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.11494, page consultée le 03 mai 2026.
2 décembre [1843], samedi matin, 10 h.
Bonjour, mon pauvre bien-aimé, bonjour, mon adoré petit homme, bonjour. Comment vas-tu ce matin ? J’ai pensé à toi toute la nuit. Je t’avais vu si triste, si accablé, si souffrant, mon pauvre bien-aimé, que l’inquiétude m’a poursuivie jusque dans mon sommeil et à présent encore je ne suis pas tranquille. Je ne m’explique pas cette transpiration abondante que tu avais hier sans motif apparent ; la douceur de la température ne peut même pas en être la seule cause. Je crains que tu ne sois plus souffrant que tu ne me le dis. Si cela était, mon pauvre ange adoré, il faudrait voir M. Louis Koch tout de suite. Il ne faut pas laisser prendre à ton chagrin, hélas ! trop légitime, sur ta santé et sur ta vie. Pense à tes autres enfants si doux et si ravissants, pense à moi dont tu es la vie même. Quand tu as été parti cette nuit je me suis mise à pleurer tout mon saoul. Je n’ose pas devant toi pour ne pas ajouter à ton chagrin mais dès que tu n’es plus là, je me soulage et je dégonfle mon pauvre cœur comme je peux. Mais cette nuit mes larmes ne m’ont pas ôté mon inquiétude sur ta santé. Je suis aussi tourmentée ce matin que je l’étais hier. Je le serai tant que je ne t’aurai pas vu, tant que tu ne m’auras pas souri, tant que je ne me serai pas assuréa par mes yeux, par ma bouche et par mon cœur que tu ne souffres pas. Tâche de venir bien vite, mon cher petit bien-aimé, me tranquilliser, me rassurer et me combler de joie par un sourire. Si tu savais comme je t’aime, comme toutes mes pensées sont en toi, comme je ne vis que de ton amour, comme tu es tout pour moi. Tu comprendrais comment il se fait que je sois si malheureuse de ta tristesse et si heureuse de ton sourire. Mon Victor adoré, ma vie, mon âme, ma joie, mon ciel, mon Dieu, viens me voir. Viens me tranquilliser, viens m’apporter ta belle et douce figure à baiser.
Juliette
a « assuré ».
« 2 décembre 1843 » [source : BnF, Mss, NAF 16353, f. 119-120], transcr. Olivia Paploray, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.11494, page consultée le 03 mai 2026.
2 décembre [1843], samedi soir, 5 h. ¼
Encore une journée bien longue passée à t’attendre, mon pauvre adoré, et à me
tourmenter car tu m’as quittée hier bien triste et bien souffrant. J’ai le cœur bien
gros et bien noir ; je ne sais pas comment je ferai pour faire bon visage à ma
péronnelle et à la mère Lanvin si je ne t’ai
pas vu d’ici là et si je n’ai pas la certitude que tu n’es pas malade et que tu n’es
pas aussi chagrin qu’hier.
Pauvre ange doux et triste, je ne peux pas détacher ma
pensée de toi. Il m’est impossible de m’intéresser à autre chose en ce monde qu’à
toi.
Je ne vois rien qu’à travers toi, je n’aime rien qu’en toi. Il y a des moments où
je
crains que cet amour si exclusif ne soit une offense envers le bon Dieu mais dût-il
me
mettre dans son enfer pour l’éternité, je ne pourrais pas cesser de t’aimer ni t’aimer
moins. C’est bien vrai, mon adoré, mon Victor, mon beau, mon ravissant petit
homme.
Tu n’as pas d’Académie il me semble aujourd’hui ? Est-ce que tu ne sens
pas le besoin de venir me tranquilliser et m’apporter un peu de joie ? J’en ai
pourtant bien besoin, va, je t’assure. J’ai le cœur triste, triste mon Toto, et j’ai
toutes les peines du monde à m’empêcher de pleurer à chaudes larmes.
J’ai
cependant bien employé ma journée, mais cela ne te fait rien. Tout ce que je fais
est
à l’état machinal ou de somnambulisme. Rien ne peut me distraire de toi. Rien ne peut
tromper le temps que je passe à t’attendre et à te désirer de toutes mes forces.
Ô si tu venais à présent, que tu ne sois pas malade et que ta belle figure soita moins sombre qu’hier, je serais la plus
heureuse femme du monde et je pousserais des cris de joie. Quel bonheur ! Quel
bonheur !
Juliette
a « sois ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
les répétitions et la création des Burgraves à la Comédie-Française sont compliquées par un procès et une cabale. Au retour de leur voyage en Espagne et dans les Pyrénées, ils apprennent la mort par noyade de Léopoldine, fille aînée de Hugo.
- Janvier-févrierRépétitions des Burgraves. Le rôle de Guanhumara ayant été retiré à Mlle Maxime, on cherche à la remplacer. Après Mlle Fitz-James, c’est Mme Mélingue qui est finalement choisie.
- 14 et 15 févrierMariage de Léopoldine Hugo et Charles Vacquerie.
- 7 marsPremière des Burgraves à la Comédie-Française.
- PrintempsHugo fait la connaissance au printemps de la femme de lettres Léonie d’Aunet, épouse Biard, et débute avec elle une liaison au printemps, ou à l’automne, ou en mai 1844, qui ne sera révélée à Juliette Drouet qu’en 1851.
- 18 juillet-12 septembreVoyage en Espagne et dans les Pyrénées, interrompu par la nouvelle de la mort de Léopoldine Hugo, noyée dans la Seine, à Caudebec, près de Villequier, avec son mari Charles Vacquerie, le 4 septembre. Hugo l’apprend le 9, en lisant le journal, à Rochefort. Léopoldine a été enterrée le 6 septembre, à Villequier. Retour précipité à Paris.
