« 20 novembre 1864 » [source : BnF, Mss, NAF 16385, f. 241], transcr. Anne Kieffer, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.6061, page consultée le 03 mai 2026.
Guernesey, 20 novembre [18]64, dimanche matin, 7 h. ½
Toujours et de plus en plus matinal, mon cher bien-aimé, si ça n’est pas aux dépens
de ton sommeil et de ton bien-être, c’est bien et je t’en félicite de tout mon cœur.
Autrement, je te blâmerais et je te ficherais des coups pour te forcer à dormir la
grasse matinée. Quant à moi, après m’être assurée que ton cher petit signal était
à
son poste, je suis venue me remettre au lit juste le temps qu’Elisabeth ôte son lit et aère le cabinet de toilette
pendant que je ronronne ma restitus. Je crois que
le beau temps que nous avons ce matin ne sera qu’un déjeuner de soleil et que le reste
de la journée se passera en ondées alternées d’averses, comme tous ces jours derniers.
Je le sens à une sorte d’agitation nerveuse qui, sans me faire souffrir positivement,
m’a causé une insomnie de quatre heures cette nuit. J’attribue cela à l’état orageux
et pluvieux de l’atmosphère et je ne m’en porte pas plus mal. Attrapéa ! À ce propos, m’aimez-vous ? Si oui,
il faut m’aimer encore, il faut m’aimer de surplus de mes VINGT-TROIS SOUS de perte
hier à cause du fameux proverbe : malheureux au jeu, heureux en amour. J’espère que
vous êtes en fondsb pour me payer
mon déficit et je passe immédiatement à votre caisse en vous sommant de me baiser
à
vue. Ce n’est qu’à cette condition que je consens à me laisser plumer au vif tous
les
soirs par vous. En attendant je regarde fuir mélancoliquement mes sous à l’horizon
pendant que la grenouille de Kesler se
gonfle de mes liards et que le piffe de Marquand cascade des soupirs non interrompus, et que la petite Mme Chenay tire sa petite épingle de son petit
jeu et que je vous aime sans compter.
Je laisse à votre cœur généreux le soin de
rabibocher le mien.
a « Attrappé ».
b « en fond ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle emménage dans Hauteville II, que Hugo achète pour elle, et dont il soigne la décoration.
- 14 avrilWilliam Shakespeare.
- 16 avrilAchat du 20, Hauteville pour Juliette, qui y emménagera deux mois plus tard. La famille Hugo y avait résidé avant d’emménager à Hauteville-House. Juliette en avait signé le bail de location le 19 mai 1863.
- 5 maiPar testament, Juliette Drouet institue Victor Hugo son légataire universel, et à défaut, les enfants de ce dernier. Elle nomme Victor Hugo son exécuteur testamentaire, et à défaut, Charles, puis François-Victor.
- 15 juinPremière nuit de Juliette Drouet au 20, Hauteville.
- 25 juilletElle pend la crémaillère dans sa nouvelle maison.
- 15 août-26 octobreVoyage en Belgique, au Luxembourg et sur les bords du Rhin.
