« 22 mars 1841 » [source : BnF, Mss, NAF 16344, f. 267-268], transcr. Gwenaëlle Sifferlen, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.7721, page consultée le 03 mai 2026.
22 mars [1841], lundi matin, 7 h. ½
Bonjour mon Toto bien-aimé, comment vas-tu ce matin ? Quant à moi j’ai cru que la
soirée et que la nuit ne finiraient pas. Dieu merci les voilà passées toutes deux,
il
ne me reste plus que la matinée qui se tirera tant bien que
mal au milieu de tous les tracas de la maison. Ma pendule avance, il n’est encore
que
sept heures1. Jusqu’à midi j’ai le
temps de compter les heures, les minutes et les secondes qui me rapprochent de toi.
J’ai peur que le Vidal ne vienne pas ou
qu’il ne vienne que trop tard, auquel cas ta patience et ton temps seront dépensés
et
je n’en aurai pas profité pour sortir avec toi. Je crains cette inexactitude du susdit
Purgon2 parce que jamais il n’est venu à l’heure
indiquée et que ses heures, à lui, sont de trois à quatre
heures. Enfin nous verrons bien, je vais toujours m’apprêter et m’habiller comme si
j’étais sûre que tout ira au gré de mes désirs et comme sur des roulettes.
Je
voudrais ne pas te parler de ton absence depuis la minute où je t’ai vu hier dans
la
journée mais cela m’est impossible. Pourquoi donc n’es-tu pas revenu, mon amour ?
Si
tu savais le chagrin que cela me fait, mon cher adoré, rien ne pourrait t’empêcher
de
venir auprès de ta pauvre Juju qui t’aime de toute son âme.
1 C’est visiblement un choix de Juliette Drouet, puisqu’elle le rappelle à plusieurs reprises (voir les lettres du 21 décembre 1841, du 21 et du 22 janvier 1841).
2 Jeu de mot sur le nom de M. Purgon, médecin dans Le Malade imaginaire de Molière, pièce dans laquelle Juliette Drouet avait joué en novembre 1833.
« 22 mars 1841 » [source : BnF, Mss, NAF 16344, f. 269-270], transcr. Gwenaëlle Sifferlen, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.7721, page consultée le 03 mai 2026.
22 mars [1841], lundi soir, 8 h. ½
Je n’ai pas encore dînéa, mon adoré.
Suzanne est revenue cependant peu de temps
aprèsb moi mais de rangement en
rangement je suis arrivée à cette heure-ci sans avoir dînéc. Heureusement que j’avais pris une
goutte de patience chez la mère Pierceau, ce qui a permis à mon estomac d’attendre
sans trop se faire prier1. J’avais déjeuné à huit
heures du matin au lieu de midi, ce qui est une raison assez naturelle de défaillance.
À propos de défaillance, ma porcelaine n’arrive pas, il serait bon qu’on ne l’apportât
jamais et que nous en fussions pour nos 10 F. Quelled horreur !!! J’aime mieux croire que c’est
la pluie qui est cause du retard, cela m’est moins désagréable.
Pauvre bien-aimé,
grâce à toi me voilà encore débarrassée d’un affreux créancier2, mais ce qui ôte la joie de ce dévouement c’est la crainte que tu
ne tombese malade à la suite de cet
excès de travail. Déjà aujourd’hui tu souffrais beaucoup. Mon Dieu, pourvu que
ton bain fasse disparaître ces vilains symptômes d’échauffement3. Soigne-toi mon adoré, ménage-toi, prends garde à tes chers
petits pieds4 et
viens bien vite manger ton raisin5. J’enverrai Suzanne demain en chercher d’autre s’il
y en a. Je t’aime.
Juliette
1 Mme Pierceau vient de donner naissance, le 15 mars, à un petit garçon ; c’est la raison pour laquelle Hugo et Juliette sont enfin allés la féliciter puisque cette dernière réclamait cette visite depuis le vendredi précédent.
2 À élucider.
3 Juliette appréhende que Hugo ne développe à nouveau la maladie dont il aurait, semble-t-il, été victime l’année précédente au cours de leur voyage sur les bords du Rhin. Il tente de soigner cet « échauffement », comme elle le qualifie, par des bains réguliers.
4 Cela fait un moment que Hugo passe d’une paire de bottes trop usées à une autre trop neuve, c’est pourquoi Juliette oscille sans cesse entre son inquiétude qu’il tombe malade ou celle qu’il ait mal aux pieds. Mais le poète, grand marcheur, finit toujours par revenir à ses vieilles paires.
5 Le raisin est un des fruits préférés de Hugo et Juliette s’arrange pour en acheter le plus souvent possible lorsque c’est la saison.
a « dîner ».
b « à près ».
c « dîner ».
d « Quel »
e « tombe ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle assiste à la réception de Hugo à l’Académie Française.
- 7 janvierÉlection à l’Académie française.
- 3 juinRéception à l’Académie française.
- Juillet-octobreVillégiature à Saint-Prix.
