« 12 juillet 1864 » [source : BnF Mss, NAF 16385, f. 186.], transcr. Anne Kieffer, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.3687, page consultée le 01 mai 2026.
Guernesey, 12 juillet [18]64, mardi après-midi, 4 h.
Je me familiarise lentement avec toutes mes splendeurs, mon cher bien-aimé, et je
sens mon cœur encore bien gros chaque fois que je songe à ma chère petite masure
illuminée par ton regard et radieuse de ton cher voisinage. Chaque fois qu’on me parle
de la préférence que je dois accorder à ce merveilleux logis d’aujourd’hui sur celui
plus que modeste que j’avais il y a un mois1, on me blesse au plus sensible de l’âme et j’ai toute la peine du
monde à me retenir de pleurer. Il faudra bien que je m’habitue à mon luxueux bonheur
mais jusqu’à présent je n’en ressens que la tristesse.
Corbin vient de m’envoyer une provision de
drogues à faire [Une phrase illisible.]. Décidément il est
plus facile de guérir sans médecin que de s’en faire lâcher une fois qu’ils nous
tiennent. J’en fais [illis.] expérience encore cette fois-ci. Du reste je continue
d’absorber du [Phrase illisible.] sans pouvoir étancher ma
soif. Le gargarisme de bicarbonate ne fait que m’écœurer jusqu’à présent. Je compte
beaucoup plus sur l’effet du voyage que sur les médecines du docteur, quelques
nauséabondes qu’elles soient. Le tout est d’arrivera là sans trop se prêter au [illis.]Corbin Diafoirus. J’espérais que tu
reviendrais de [illis.] par chez moi mais je [vois ?] que tu auras fait
le grand tour pour rentrer chez toi et que je ne te verrai que ce soir. Cela étant
je
vais me mettre à ma lecture favorite, le William Shakespeare2, que je n’ai pas encore achevé de
lire bien que j’en sache les trois quarts par cœur. Et puis je
[m’habillerai ?] et puis je tâcherai de n’être pas trop blaireuse ce soir, et puis je te souris et puis je
t’aime et puis je t’adore.
1 En mai 1856, Juliette Drouet trouve enfin un logement convenable, loué par Victor Hugo. La Fallue possède un merveilleux avantage : elle permet à Juliette Drouet de contempler à toutes heures Hauteville House. Pendant l’année 1863, Victor Hugo fait pour Juliette Drouet des projets de déménagement et lui choisit une maison au n° 20 de la rue Hauteville, qui n’est autre que sa première maison. Juliette Drouet à contrecœur finit par signer un bail de location. Elle y emménagera en juin 1864 (Pouchain, p. 284 et p. 301).
2 William Shakespeare est paru le 14 avril 1864 chez Lacroix.
a « Le tout est d’arrivé ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle emménage dans Hauteville II, que Hugo achète pour elle, et dont il soigne la décoration.
- 14 avrilWilliam Shakespeare.
- 16 avrilAchat du 20, Hauteville pour Juliette, qui y emménagera deux mois plus tard. La famille Hugo y avait résidé avant d’emménager à Hauteville-House. Juliette en avait signé le bail de location le 19 mai 1863.
- 5 maiPar testament, Juliette Drouet institue Victor Hugo son légataire universel, et à défaut, les enfants de ce dernier. Elle nomme Victor Hugo son exécuteur testamentaire, et à défaut, Charles, puis François-Victor.
- 15 juinPremière nuit de Juliette Drouet au 20, Hauteville.
- 25 juilletElle pend la crémaillère dans sa nouvelle maison.
- 15 août-26 octobreVoyage en Belgique, au Luxembourg et sur les bords du Rhin.
