« 11 février 1837 » [source : BnF, Mss, NAF 16329, f. 149-150], transcr. Érika Gomez, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.11351, page consultée le 01 mai 2026.
11 février [1837], samedi soir, 6 h. ¼
Mon cher petit homme adoré, où trouver les mots qui expriment ce que je sens pour
vous d’ineffable et de reconnaissant. Je vous trouve beau comme le bien aimé que vous
m’êtes, je vous trouve beau comme le bon Dieu, je vous trouve grand et noble comme
VOUS car il n’y a pas de comparaison à faire avec rien ni avec personne.
Je vous
aime autant que j’ai de force, je vous aime de toute ma foi et de tout mon cœur, je
vous aime par dessus toute chose au monde.
Je vous demande bien pardon mon cher
petit bien-aimé d’être aussi souvent maussade et malade, c’est un tribut que je paye
plus généreusement qu’une autre, à la vieillesse et aux infirmités qui en sont les
fleurs et les fruits.
Vous ne connaissez pas et vous ne connaîtrez jamais ces
maux-là, vous, mon grand Toto, parce que vous n’êtes pas fait avec le vieux sang rance
et moisi qui sert à faire les hommes et les femmes depuis notre père Adam et notre
mère Ève, le bon Dieu vous a fait dans un moule particulier, et avec ce qu’il avait
de
plus pur et de plus ravissant en lui. Aussi vous vivrez éternellement beau,
éternellement jeune, éternellement grand, je vous dis que vous êtes mon Toto.
J’ai enfin écrit à [V… ?] [N… ?] tu verras la lettre, mon chéri, et tu
la mettras à la poste. Au train dont je vais, j’ai bien peur de passer encore une
affreuse nuit. J’ai mal à la tête et au cœur avec accompagnement de courbature,
cependant il est de toute impossibilité d’user du grand remède par le temps qu’il
fait. Il est physiquementa
impossible de mettre le pied dans la rue. Je commence à espérer que nous bénéficierons
des 50 F. du docteur [Vidal de Poitiers ?].
J’avoue que je me résigneraisb
très volontiers à ce malheur. Et vous mon Toto ?
J’espère mon Toto que vous ne
prendrez pas trop à la lettre l’impossibilité de sortir susmentionnée et que vous viendrez malgré la tempête et les
éclairs, s’il y en a. C’est dans cet espoir que je supporte la vie embêtante et
monotone de ma chambre à coucher, qui n’a aucun charme pour celle qui se dit votre
fidèle et bien aimante
Juju
a « phisiquement ».
b « résignerai ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
ils voyagent en Belgique, où elle prend le train pour la première fois.
- 20 févrierMort d’Eugène, frère de Victor Hugo, à Charenton.
- 26 juinLes Voix intérieures.
- 3 juilletPromu officier de la Légion d’Honneur.
- 14 août-14 septembreVoyage avec Hugo en Belgique et dans le nord de la France.
