« 21 août 1844 » [source : BnF, Mss, NAF 16356, f. 77-78], transcr. Caroline Lucas, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.5470, page consultée le 05 mai 2026.
21 août [1844], mercredi matin, 11 h. ¼
Bonjour, mon cher petit bien-aimé, bonjour mon petit homme chéri, comment que ça va
ce matin, mon amour adoré ? Moi je viens d’essayer le fameux remède des fourmis1. Je ne peux pas dire que cela m’ait parfaitement réussi. Car, le
mieux, si mieux il y a, est presque insensible. Il [est] vrai de
dire que je suis entourée et saturée d’odeurs de toutes sortes parmi lesquelles celles
de térébenthinea et de
graillons dominent. Je n’en peux plus. Je suis stupide à force de souffrir, cela se
voit du reste.
J’ai réparé votre bévue. Une autre fois, mon cher petit bêtab, vous tâcherez de n’en pas faire parce
que cela a l’inconvénient de vous rendre inintelligible même pour un ESPRIT aussi
SUPÉRIEUR que le MIEN. Ia, ia, monsire, matame2.
Je suis bien
contente que tu ne fassesc pas la
réception de tes deux olibrius ce mois-ci. J’avoue qu’hier j’ai mordu en plein canard
et que j’ai eu un moment désagréable. Heureusement j’en ai été quitte pour la peur.
Une autre fois je tâcherai de mordre moins vite à l’hameçon des faits divers. En attendant, je voudrais bien aller à Villeneuve-Saint-Georges,
moi. Il fait beau maintenant et la pluie de ce matin est une sécurité pour toute la
journée. Mais, hélas ! ça n’est pas pour moi que le soleil chauffe et que
Villeneuve-Saint-Georges reluit à l’horizon. Tout ce que je peux espérer à grand peine
c’est que vous viendrez une minute tout à l’heure. Trop heureuse si cet espoir n’est
pas une déception. Baisez-moi, cher adoré. Je vous aime de toute mon âme.
Juliette
1 Juliette a acheté de l’esprit de fourmi.
2 Imitation de l’accent allemand pour « oui, oui, monsieur, madame ».
a « thérébentine ».
b « bêtat ».
c « fasse ».
« 21 août 1844 » [source : BnF, Mss, NAF 16356, f. 79-80], transcr. Caroline Lucas, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.5470, page consultée le 05 mai 2026.
21 août [1844], mercredi après-midi, 4 h. ¼
J’avais trop compté sans vous, mon cher petit autre, pour avoir de la copie aujourd’hui. Je n’ai que mon nez de carton que vous ne m’épargnez guère tous les jours et à propos de tout. Mais vous avez
raison d’être ainsi puisque je vous adore comme ça. Je ne vous en aimerais pas moins
autrement cependant.
J’ai reçu, enfin, une lettre de ma péronnelle1 dans laquelle elle me
supplie de l’envoyer chercher samedi parce que c’est son jour. Elle a le plus grand soin de s’abstenir de parler de
l’époque des vacances afin de m’ôter toute tentation de la laisser coffrée jusque
là.
Du reste, tu décideras cette grave question ce soir. Je ferai ce que tu me diras,
en
toute confiance et en toute obéissance. J’ai vu la mère Lanvin tantôt. Je lui ai donné mon linge à emporter. La pauvre femme ne
se doute pas que c’est la plus grande preuve d’affection et de dévouement que je
puisse lui donner. Je crois d’ailleurs qu’elle ne pourra pas faire ce métier-là
longtemps. Je viens d’écrire à Mme Luthereau que tu ne connaissais personnea dans les noms qu’elle t’avait
envoyés, excepté ton cousin Trébuchet pour
lequel tu lui donneras une lettre quandb elle la voudrait. Je crois que j’ai bien fait. Je ne pouvais
guèrec attendre plus longtemps à lui
faire cette réponse médiocre. Et puis d’ailleurs, tout ça
m’est égal. Je t’aime, voilà ce qui m’intéresse et ce qui est ma vie.
Juliette
a « personnes ».
b « quant ».
c « quant ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle s’ennuie, et commence à se plaindre de voir Hugo moins souvent, sans savoir qu’il a entamé une liaison passionnée avec une autre femme.
- Début octobrePetit voyage avec Hugo.
