« 3 novembre 1835 » [source : BnF, Mss, NAF 16325, f. 78-79], transcr. Jeanne Stranart, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.9597, page consultée le 01 mai 2026.
3 novembre [1835], mardi matin, 9 h. ½
Bonjour, mon Toto chéri, comment va ton œil ? Je désire et j’espère que tu te seras
reposé cette nuit. Si cela était, je ne regretterais pas autant de ne t’avoir pas
vu
ce matin puisque tu te serais reposé.
Mon cher petit homme, je t’aime de toute
mon âme. Je n’ai de joie et de bonheur qu’en toi. C’est pour cela que je suis si
triste quand je ne te vois pas.
Il me semble qu’il fait un froid très vif ce
matin, et j’attribue mes redoublements de douleursa d’entrailles au redoublement de froid.
Je voudrais bien
te voir, mon Victor. Tu verrais si je t’aime et si je suis heureuse et si j’ai de
la
confiance en notre avenir.
J’ai passé une assez bonne nuit. Si ce n’était les
douleurs d’entrailles de ce matin, je me porterais assez bien. Je ne suis pas tout
à
fait aussi tranquille de ton côté. Je crains que ton pauvre œil n’ait empiré, ou que
ton frère ne soit plus malade. Ainsi juge combien toutes ces inquiétudes doivent
ajouter encore à l’impatience naturelle que j’ai de te voir.
Il est à remarquer
combien la facilité des communications empêche les gens qui s’aiment le plus de se
voir ou de s’écrire. Depuis que je demeure à ta porte1, je te
vois à peine. Depuis que je t’écris deux fois par jour, je n’ai pas reçu de lettre
de
toi ou si peu qu’elles ne peuvent pas être chiffrées. De cette remarque, je ne veux
pourtant pas conclure que tu m’aimes moins que lorsque je demeurais à une lieue de
toi
et que je ne t’écrivais que très rarement. Mais je dis seulement que je t’aime plus
que tu ne m’aimes.
J.
1 Depuis l’automne 1834, Juliette habite un petit appartement au 50, rue des Tournelles, loué par Hugo au nom de Lanvin. La famille Hugo habite au 6, place Royale (actuelle Place des Vosges) : deux cents mètres seulement séparent les deux amants.
a « douleur ».
« 3 novembre 1835 » [source : BnF, Mss, NAF 16325, f. 80-81], transcr. Jeanne Stranart, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.9597, page consultée le 01 mai 2026.
3 novembre [1835], mardi soir, 8 h. ¼
J’ai eu tout à l’heure un moment d’impatience que je me reproche car à présent que
la
réflexion a passé dessus, je sens bien que tu ne pouvais pas avoir une intention
ironique en me demandant si je m’ennuyais avec toi.
Vois-tu, mon pauvre chéri, depuis quelque tempsa je te vois à peine et aujourd’hui où tu pouvais me
donner quelques instants, nous avons été forcésb de les employerc à diverses commission dont la dernière m’a fait resterd une heure et demie à
t’attendre. Je ne t’ai donc vu en réalité aujourd’hui que quelques minutes. Et puis
enfin, au moment de te quitter pour bien longtemps sans nul doute, tu me faise cette bête de question : si je ne m’ennuie pas avec toi ?
Je t’avoue que le moment était mal choisi pour dire des folies et que je t’ai répondu
d’importance parce que moi je ne plaisante pas à l’endroit de l’amour. Mais enfin,
je
reconnais que j’ai eu tort et je promets bien de recommencer quand tu m’en donneras
l’occasion parce que ces fautes-là venant toutes de l’excès d’amour que j’ai pour
toi,
je ne suis pas pressée de m’en corriger.
Tu m’as bien promis de venir aussitôt
que tu le pourras mais cette promesse tu ne la réaliserasf que le plus tard possible.
Et encore il faudra que je sois gaie et prête à faire des calembours dès que tu
paraîtrasg. C’est charmant.
Mais enfin je t’aime, tout est possible, même ça.
a « quelques temps ».
b « nous avons été forcé ».
c « emploier ».
d « m’a fait resté ».
e « tu me fait ».
f « tu ne la réalisera ».
g « tu paraîtra ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle regrette de ne pas jouer le rôle de la courtisane Tisbe, où elle se reconnaît, dans Angelo tyran de Padoue à la Comédie-Française, mais se voit célébrée dans plusieurs poèmes du recueil Les Chants du crépuscule.
- 28 avrilPremière d’Angelo tyran de Padoue.
- 25 juillet-22 aoûtVoyage avec Hugo en Normandie et en Picardie.
- 9 septembre-13 octobreTandis que Hugo séjourne aux Roches, chez les Bertin (du 10 septembre au 12 octobre), Juliette habite encore la petite maison des Metz.
- 17 octobreLes Chants du crépuscule.
- 15 novembreNaissance de (Jean-)Louis et Michel-Ernest Koch, neveux de Juliette Drouet.
