« 9 décembre 1845 » [source : BnF, Mss, NAF 16361, f. 233-234], transcr. Jeanne Stranart, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.12276, page consultée le 24 janvier 2026.
9 décembre [1845], mardi matin, 9 h. ¼
Bonjour, mon petit bien-aimé, bonjour, je t’aime. Je t’envoie mon âme,
mon cœur, mon amour dans ma pensée. Comment vas-tu ce matin ? Je
voudrais savoir que tu dors encore pour avoir la douce joie d’être sûre
que tu te reposesa. Je t’aime, mon Toto adoré, je voudrais donner ma
vie pour toi. C’est l’ambition et le rêve de mes pensées. Je viens de
relire l’incroyable lettre de Rambuteau et je trouve plus que jamais qu’il est
indispensable que tu donnes une leçon de convenance à ce hideux cuistre.
Quant à l’intérêt de ma fille, il n’en est pas question quand il s’agit
de respect qu’on te doit. D’ailleurs cela n’y fera absolument rien du
tout. Je suis plus persuadée que jamais qu’on ne peut rien pour ce
premier examen1. Que ma fille sache et ne se
trouble pas, si c’est possible, et elle
passera malgré les ânes plus ou moins bâtés de l’endroit. Quant aux
leçons de MM. Varin et
Dumouchel, elles lui ont
fait le plus grand bien et rien ne peut lui être plus utile.
Malheureusement ils ont eux-mêmes des occupations qui les empêchent de
continuer à ma fille leurs leçons et leurs conseils.
Mon Victor
chéri, je ne te parle que de moi, toujours de moi, comme si c’était le
principal intérêt de ma vie, tandis que je t’aime de toutes mes
forces.
Juliette
1 Claire Pradier prépare l’examen pour devenir institutrice, où elle a déjà échoué deux fois.
a « tu te repose ».
« 9 décembre 1845 » [source : BnF, Mss, NAF 16361, f. 235-236], transcr. Jeanne Stranart, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.12276, page consultée le 24 janvier 2026.
9 décembre [1845], mardi soir, 4 h. ¼
Est-ce que vous ne craignez pas d’user le Chaumontel jusqu’à la corde en vous en servant aussi souvent ? Pour moi, je
serais plus prudente que vous et je le ménagerais comme mes yeux, il est
vrai que vous ne ménagez pas du tout les vôtres, si j’avais le bonheur
d’en avoir un.
Cher adoré bien-aimé, je suis presque confuse de
l’ennui et de la peine que te cause l’affaire de ma fille. Pour un peu,
j’écrirais à ce stupide Rambuteau pour lui dire qu’il n’est qu’un âne avec un
grand nez et que nous nous fichons pas mal de ses FAVEURS, merci. Je
suis furieuse contre cet animal-là, non pour le petit tort que cela fait
à ma pauvre péronnelle, mais
pour l’ennui que cela te cause. Je te supplie, pour moi, de lui envoyer
au plusTÔT ta réponse. Je ne serai contente que
lorsque ce cuistre aura reçu ce camouflet sur son monstrueux nez. En
attendant, je bisque, je rage, je mange du fromage... de Brie et je
t’attends avec toute l’impatience dont je suis capable. Baise-moi, mon
Victor adoré, et tâche de ne pas me prendre en grippe et en horreur à
cause de mon stupide guignon. Je t’aime, entends-tu.
Juliette
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle déménage dans une jolie petite maison avec jardin, et Hugo (moins jaloux car infidèle) relâche la surveillance étroite qu’il exerçait sur elle.
- 10 févrierJuliette déménage du 14 au 12, rue Sainte-Anastase.
- 1er marsHugo vient dîner pour la première fois dans son nouveau logement.
- 25 marsMort de M. Foucher, beau-père de Victor Hugo.
- AvrilVictor Hugo accorde à Juliette le droit de sortir seule.
- 13 avrilHugo nommé Pair de France.
- 2 juilletHugo surpris avec Léonie en flagrant délit d’adultère dans leur chambre du passage Saint-Roch, par M. Biard et la police. Juliette n’en saura rien, malgré le scandale dans les journaux.
- 8-10 septembreEscapade de Hugo, peut-être avec Léonie Biard, près de Montfermeil.
- 26 septembrePèlerinage de Juliette et Victor Hugo aux Metz.
