« 17 octobre 1845 » [source : BnF, Mss, NAF 16361, f. 47-48], transcr. Jeanne Stranart, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.12227, page consultée le 25 janvier 2026.
17 octobre [1845], vendredi matin, 8 h. ¾
Bonjour, mon bien-aimé, bonjour, mon Toto, bonjour, mon cher petit
[de femmes ?][Dessina], comment allez-vous ce matin ? Pensez-vous à moi seulement ? Je
suis sûre que non. Dès que je ne suis plus là, vous m’oubliez, ce qui
fait que vous ne pensez pas à moi souvent. Moi c’est tout le contraire,
je pense et je m’occupe de vous toujours. J’ai déjà fait battre et
brosser votre fameux paletot. Ce qui est sortib de poussière et de
petites crottes noires de cette pelure est incroyable même en le voyant. Tout
à l’heure je passerai dessus avec le savon et l’eau de Cologne. Ensuite
j’y mettrai Eulalie qui n’aura
pas fini demain plus que probablement. Après tout cela je doute fort que
ce soit fameux mais j’aurai fait humainement
tout ce qu’on peut faire pour métamorphoser une guenille de poète en
haillon de pair de France.
Je ne sais pas si tu viendras dîner mais
dans tous les cas, je viens d’envoyer au marché. Si tu ne venais pas,
mon Toto, je serais bien triste et bien malheureuse, car nous n’avons
plus que très peu de jours à pouvoir vivre
ensemble et si tu m’en retranchesc un seul, ce sera un vrai chagrin pour moi.
J’espère que Charlot aura
affaire à Paris et que tu l’accompagneras. C’est sur cette chance que je
compte pour te voir ce soir. En attendant, je vais chercher dans mes
chiffons de quoi restaurer votre machin. Je ne
sais pas encore ce que je trouverai. Je crains de ne rien trouver du
tout et d’en être ridicule à le CORMODER avec le bout de mon NEZ, ce qui serait une fâcheuse
extrémité. Baisez-moi, vilain monstre, vous ne savez pas ce qu’il faut
de VERTU et de COURAGE pour toucher seulement du bout des doigts aux
vieux habits d’académicien.
a Un demi-cercle est tracé ici, haut de
trois lignes.

b « est sortie ».
c « tu m’en retranche ».
« 17 octobre 1845 » [source : BnF, Mss, NAF 16361, f. 49-50], transcr. Jeanne Stranart, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.12227, page consultée le 25 janvier 2026.
17 octobre [1845], vendredi soir, 10 h.
Je ne veux pas mériter ce soir le reproche bien doux et bien injuste que
tu m’as fait tantôt, mon bien-aimé, c’est pour cela que je t’écris avant
de me coucher. D’abord j’ai à te remercier de la charmante soirée que tu
m’as donnée aujourd’hui et qui compte au nombre des plus heureuses de
toutes celles que nous avons passées ensemble. La promesse que tu m’as
faitea de
dîner avec moi dimanche prochain me comble de joie. C’est si bon, si
doux, si charmant et si ravissant de passer des heures et des soirées
entières avec toi que l’espoir d’un bonheur comme celui-là me remplit le
cœur de plaisir et de joie. Je voudrais déjà y être.
Je viens
d’écrire à Mme Triger de ne pas venir. Je te vois
trop peu souvent pour te partager avec n’importe qui que ce soit. Aussi
je viens de lui dire de me garder sa bonne volonté pour quand je serai
seule. Mon Victor chéri, mon amour, ma vie, mon âme, je t’aime, je suis
heureuse, tu le vois bien, n’est-ce pas ? Je ne veux pas penser que ce
bonheur aura une fin prochaine. Je ne veux pas troubler le bonheur
parfait que je goûte à présent par la pensée qu’il n’a plus que quelques
jours à durer. Je veux me faire illusion jusqu’à la dernière minute afin
de n’en pas perdre une goutte. Je veux être heureuse sans aucune triste
prévision. Je te baise et je t’adore.
Juliette
a « tu m’as faites ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle déménage dans une jolie petite maison avec jardin, et Hugo (moins jaloux car infidèle) relâche la surveillance étroite qu’il exerçait sur elle.
- 10 févrierJuliette déménage du 14 au 12, rue Sainte-Anastase.
- 1er marsHugo vient dîner pour la première fois dans son nouveau logement.
- 25 marsMort de M. Foucher, beau-père de Victor Hugo.
- AvrilVictor Hugo accorde à Juliette le droit de sortir seule.
- 13 avrilHugo nommé Pair de France.
- 2 juilletHugo surpris avec Léonie en flagrant délit d’adultère dans leur chambre du passage Saint-Roch, par M. Biard et la police. Juliette n’en saura rien, malgré le scandale dans les journaux.
- 8-10 septembreEscapade de Hugo, peut-être avec Léonie Biard, près de Montfermeil.
- 26 septembrePèlerinage de Juliette et Victor Hugo aux Metz.
