« 30 septembre 1845 » [source : BnF, Mss, NAF 16360, f. 334-335], transcr. Jeanne Stranart, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.12211, page consultée le 25 janvier 2026.
30 septembre [1845], mardi matin, 7 h.
Bonjour, mon petit Toto chéri, bonjour, mon cher amour bien aimé,
bonjour, comment que ça va ce matin ? Moi je vais cahin-caha et surtout
de très mauvaise humeur contre moi. Je me trouve la plus bête, la plus
vieille, la plus laide et la plus haïssable femelle qu’il soit possible
de trouver sous la calotte du ciel. Quand je
pense que je me suis endormie comme une marmotte hier devant toi, je me
ficherais des coups. Ce matin j’étais éveillée avant cinq heures, la
belle avance. Au reste c’est une infirmitéa à laquelle
je suis sujette tous les mois et à laquelle je ne peux pas me
soustraire. Ce n’est pas le sommeil, c’est une espèce d’engourdissement
presque léthargique. Je suis furieuse mais cependant je me rends la
justice que ce n’est pas de ma faute. J’espère que ce soir il n’y
paraîtra plus et que je pourrai profiter de tout ce que tu me diras sans
en perdre une syllabe. J’ai oublié de te demander à quelle heure tu
voulais déjeuner ? Dans tous les cas, ce sera bientôt prêt. Il faudra
que tu me donnes un avis sur le tapis qui est chez Jourdain. Il est temps déjà d’y
songer avec le froid et l’humidité qu’il y a.
Je te vois beaucoup
travailler et beaucoup écrire, mon bien-aimé, est-ce qu’il n’y a rien à
copier pour moi ? Il me serait pourtant bien agréable de griffouiller
d’après vos pattes de mouches. Vous me direz cela tantôt. En attendant,
le brouillard tombe et ma pauvre caboche souffre. Je prévois que je
serai encore très blaireuse toute
la journée. Quel ennui. Je vais me secouer tout à l’heure pour tâcher de
faire passer tout cela. Et puis tu viendras tantôt et puis je serai bien
heureuse.
a « cette une infirmité ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle déménage dans une jolie petite maison avec jardin, et Hugo (moins jaloux car infidèle) relâche la surveillance étroite qu’il exerçait sur elle.
- 10 févrierJuliette déménage du 14 au 12, rue Sainte-Anastase.
- 1er marsHugo vient dîner pour la première fois dans son nouveau logement.
- 25 marsMort de M. Foucher, beau-père de Victor Hugo.
- AvrilVictor Hugo accorde à Juliette le droit de sortir seule.
- 13 avrilHugo nommé Pair de France.
- 2 juilletHugo surpris avec Léonie en flagrant délit d’adultère dans leur chambre du passage Saint-Roch, par M. Biard et la police. Juliette n’en saura rien, malgré le scandale dans les journaux.
- 8-10 septembreEscapade de Hugo, peut-être avec Léonie Biard, près de Montfermeil.
- 26 septembrePèlerinage de Juliette et Victor Hugo aux Metz.
