« 15 septembre 1845 » [source : BnF, Mss, NAF 16360, f. 286-287], transcr. Jeanne Stranart, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.12198, page consultée le 24 janvier 2026.
15 septembre [1845], lundi matin, 7 h. ½
Bonjour, mon aimé Toto, bonjour, mon adoré petit homme, comment vas-tu ce
matin ? Comment as-tu passé la nuit ? As-tu pensé à moi ? As-tu rêvé de
moi ? T’es-tu réveillé souvent dans la nuit pour me chercher à côté de
toi ? Moi j’ai fait tout cela. Une [nuit] seulement
m’a rendu toutes mes habitudes passées. Chaque fois que je me
réveillais, et je me suis réveillée souvent, je cherchais à côté de moi
comme si tu avais été là. Il m’est arrivé même, dans le demi-sommeil, de
caresser mon oreiller croyant que c’était toi. Voilà, mon petit Toto,
comment j’ai passé la nuit, et vous ?
Tu reviendras à Paris après
le déjeuner, n’est-ce pas ? J’y compte bien. Sais-tu qu’il y aura
vingt-quatre heuresa que je ne t’aurai pas vu ? C’est bien long même
quand on a passé une nuit avec vous.
Voici ce dont je suis convenue
avec les petites filles1, sauf meilleur avis et
l’approbation du temps. Elles viendront mercredi et nous irons où tu
voudras. Dans le cas où ce jour ne te conviendrait pas, je le leur
ferais savoir et dans le cas où il pleuvrait, ce serait remis au jeudi
ou jour suivant. En attendant, Clairette travaille2. Toutes ses matinées seront employées à étudier et le
reste de la journée à se promener quand le temps le permettra.
Aujourd’hui, par exemple, je ne vois pas que nous puissions mettre notre
projet à exécution. Il pleut et il fait froid. Je te recommande de
prendre soin de toi et de ne pas te faire mouiller. Je n’ai pas besoin que vous ayez un rhume ou des maux
d’intestins. Baisez-moi et venez bien vite.
Juliette
1 Dans une lettre du mercredi 17 septembre 1845 (NAF 16360, f. 292-293), on comprend que Juliette évoque les filles Rivière, Louise et Julie.
2 Claire prépare l’examen pour devenir institutrice. Elle attend une nouvelle convocation, ayant déjà passé cet examen le 12 juin 1845 sans succès.
a « vingt-quatre heure ».
« 15 septembre 1845 » [source : BnF, Mss, NAF 16360, f. 288-289], transcr. Jeanne Stranart, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.12198, page consultée le 24 janvier 2026.
15 septembre [1845], lundi soir, 9 h.
Malgré le vent, la pluie, la boue, les œils de perdrix et autres inconvénients, nous sommes sorties aujourd’hui, mon cher petit bien-aimé. D’abord sans parapluie parce que ma péronnelle ayant laissé le sien à la pension, il ne restait que celui de Suzanne, lequel est trop hideux et devait d’ailleurs lui servir à abriter sa non moins hideuse carcasse. Voici comment nous nous y sommes prises pour nous en procurer deux, chemin faisant. D’abord nous sommes parties à 2 h. ½. Il ne pleuvait plus. Arrivées à l’imprimerie, la pluie a recommencéa, ce qui m’a donné l’idée ingénieuse, non pas de revenir sur mes pas, mais d’aller directement chez la mère Sauvageot qui demeure quai de la Grève, n° 4. Elle était chez elle et elle nous a prêté un parapluie. De là, nous sommes allées chez Mlle Féau qui m’a forcée d’en reprendre un second sous prétexte que ce n’était pas assez d’un seul. Ensuite nous sommes allées voir Mme Tissard que nous avons trouvée travaillant. Nous y sommes restées à peu près une demi-heureb puis nous avons traversé le pont du Louvre et Claire est montée chez M. Pradier dire qu’on envoie Charlotte mercredi s’il fait beau. Au moment où Claire entrait dans la maison, j’ai rencontré Louise Rivière qui m’a priéec d’aller voir ses parents, ce que nous avons fait. Nous sommes allées rue du Sabot en passant par la rue de Furstemberg et la rue de l’Abbaye. Nous sommes entrées faire notre prière à Saint-Germain-des-Prés et puis nous sommes revenues chez nous, toujours à pied. Nous n’avons pas pris un seul omnibus. 7 h. sonnaientd comme nous passions à l’Hôtel de Ville. Je me suis déshabillée, j’ai dîné, j’ai compté ma dépense et me voilà te racontant tous les événements de la journée. J’en omets cependant que je me réserve de te dire quand je te verrai parce que le papier me manque et qu’il ne me reste que juste de quoi te dire que tu es mon Toto que je baise et que j’adore.
a « a recommencée ».
b « une demie-heure ».
c « m’a prié ».
d « 7 h. sonnait ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle déménage dans une jolie petite maison avec jardin, et Hugo (moins jaloux car infidèle) relâche la surveillance étroite qu’il exerçait sur elle.
- 10 févrierJuliette déménage du 14 au 12, rue Sainte-Anastase.
- 1er marsHugo vient dîner pour la première fois dans son nouveau logement.
- 25 marsMort de M. Foucher, beau-père de Victor Hugo.
- AvrilVictor Hugo accorde à Juliette le droit de sortir seule.
- 13 avrilHugo nommé Pair de France.
- 2 juilletHugo surpris avec Léonie en flagrant délit d’adultère dans leur chambre du passage Saint-Roch, par M. Biard et la police. Juliette n’en saura rien, malgré le scandale dans les journaux.
- 8-10 septembreEscapade de Hugo, peut-être avec Léonie Biard, près de Montfermeil.
- 26 septembrePèlerinage de Juliette et Victor Hugo aux Metz.
