« 29 juillet 1845 » [source : BnF, Mss, NAF 16360, f. 87-88], transcr. Jeanne Stranart, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.12035, page consultée le 27 janvier 2026.
29 juillet [1845], mardi matin, 8 h. ¾
Bonjour, mon cher petit homme, bonjour, mon doux Toto, bonjour, mon
bien-aimé, comment va ton bras ce matin ? Voilà un temps de chien qui ne
peut que l’empêcher de se guérir en supposant qu’il ne contribue pas à
augmenter son mal. Quel affreux été ! C’est désolant même pour ceux qui
ne sortent pas. À propos de sortie, la mienne, aujourd’hui, me fait
l’effet d’être tombée dans l’eau. Cependant,
si par impossible il faisait un rayon de soleil de midi à 2 heures, je
crois que j’aurais le toupet d’en profiter tant j’ai besoin de marcher.
Cher petit bien-aimé, je ne veux pas que tu sois triste, je ne le
veux pas absolument et je défends à mon second petit Toto1 de se faire du chagrin. Pardi, pour des
méchants prix de quatre sous, voilà trop peu de quoi se faire du mal.
D’ailleurs il faut leur apprendre de bonne heure à MÉPRISER LES
HONNEURS. Il n’y a qu’à voir, moi, si j’en ai et si je ne vis pas très
bien sans cela. Et Béranger donc. Il n’a rien à sa
boutonnière, honneur, honneur à Béranger2 ! Je ne veux pas que mes pauvres Toto soient
tristes, je ne le veux pas. Si j’étais sûre que tu viennes passer
l’après-midi auprès de moi, je ne sortirais pas, quand même il ferait
beau et malgré la promesse que j’ai faite à ma pauvre péronnelle. Mais c’est que rien
n’est moins sûr. Il suffit que je reste pour que tu ne puissesa venir qu’à sept
heures du soir. J’ai tant de chance et tu as si peu de temps que les
deux choses combinées font que nous ne nous trouvons pas souvent
ensemble malgré le désir ardent que j’en ai.
Juliette
2 Extrait de chanson tirée du Tailleur et la fée ou les chansons de Béranger, conte fantastique mêlé de couplets de MM. Émile Vander-Burch et Ferdinand Langlé, représenté pour la première fois au Théâtre du Palais-Royal le 3 août 1831. Le deuxième couplet de la chanson, chantée sur l’air du « Baiser au porteur » est le suivant : « Quand la liberté restaurée / Releva son vieil étendard, / Fuyant une ignoble curée / Où les valets couraient de toute part, / Il s’est tenu dignement à l’écart ; / Sa conscience libre et fière / D’aucun emploi n’a voulu se charger. / Il n’a rien à sa boutonnière : / Honneur ! honneur à Béranger ! ».
a « tu ne puisse ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle déménage dans une jolie petite maison avec jardin, et Hugo (moins jaloux car infidèle) relâche la surveillance étroite qu’il exerçait sur elle.
- 10 févrierJuliette déménage du 14 au 12, rue Sainte-Anastase.
- 1er marsHugo vient dîner pour la première fois dans son nouveau logement.
- 25 marsMort de M. Foucher, beau-père de Victor Hugo.
- AvrilVictor Hugo accorde à Juliette le droit de sortir seule.
- 13 avrilHugo nommé Pair de France.
- 2 juilletHugo surpris avec Léonie en flagrant délit d’adultère dans leur chambre du passage Saint-Roch, par M. Biard et la police. Juliette n’en saura rien, malgré le scandale dans les journaux.
- 8-10 septembreEscapade de Hugo, peut-être avec Léonie Biard, près de Montfermeil.
- 26 septembrePèlerinage de Juliette et Victor Hugo aux Metz.
