« 2 juillet 1845 » [source : BnF, Mss, NAF 16360, f. 3-4], transcr. Jeanne Stranart, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.12013, page consultée le 25 janvier 2026.
2 juillet [1845], mercredi matin, 8 h. ½
Bonjour, mon Toto chéri, bonjour, mon cher petit Toto, comment que ça va
ce matin ? M’aimes-tu ? Je voudrais avoir la puissance magnétique et
pouvoir entrer et fouiller dans ton cher petit cœur nuit et jour.
Malheureusement, je ne l’ai pas, ce qui fait que je ne sais rien de
rien. Je ne suis pas contente du tout, mon cher petit gueulard, vous
vous permettez de venir manger mes fraises et
vous vous en allez tout de suite après. Comme c’est HONNÊTE ! La
prochaine foisa que vous vous livrerez à ce système [résilien ?], je vous ficherai des
coups et vous n’aurez pas de fraises. Voilà ce que je ferai pour vous
apprendre la politesse. En attendant, j’ai très mal aux yeux et j’ai
toutes les peines du monde à t’écrire ce gribouillis. C’est surtout
l’œil droit qui me fait le plus souffrir. Ma manie d’imitation continue.
Seulement elle ne s’exerce que dans le mal. Je voudrais bien vous imiter
dans vos cheveux noirs et vos dents blanches. Mais je ne suis pas si
bête. J’aime mieux vous laisser tous les avantages, voime, voime, mais j’enrage
cependant.
Toto, fais-toi faire un habit. As-tu soif ? SCIE tu ne
veux pas absolument passer, t’en veux-tu boire ? Mais je crois que SCIE
tu te DÉSCIEDAIS à en faire faire un, tous tes conSCIETOYENS seraient
dans le ravissement. Au SCIE, je n’inSCIEste que dans ton intérêt de
comte de SCIEguenza et de SCIEfuentes1. Baise-moi et fais venir ton
tailleur tout de suite. De mon côté je ferai remplir ma fontaine.
Baise-moi mieurre que ça encore.
Juliette
1 Léopold Hugo, père de Victor Hugo, était comte de Siguenza en Espagne. Dans Victor Hugo raconté par un témoin de sa vie, Adèle Hugo raconte comment le Général Hugo et le roi Joseph se rencontrèrent en Espagne et comment le père de Victor Hugo fut nommé comte : « Eh bien, si vous ne voulez pas être marquis, soyez comte. Choisissez d’être comte de Cifuentès ou de Siguenza. ». Léopold Hugo choisit alors d’être comte de Siguenza.
a « la première fois ».
« 2 juillet 1845 » [source : BnF, Mss, NAF 16360, f. 5-6], transcr. Jeanne Stranart, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.12013, page consultée le 25 janvier 2026.
2 juillet [1845], mercredi après-midi, 3 h. ½
J’espère qu’il ne t’est rien arrivé, mon cher petit homme bien aimé, et
que c’est parce que tu es occupé que je ne te vois pas ? Je me donne
toutes les bonnes raisons que je peux trouver pour me tranquilliser sur
les accidents de toutes sortesa, y compris l’infidélité,
auxquelsb tu dois
toujours échapper. Mais je sens que la vue de ton doux visage me
rassurerait mieux que toutes les meilleures raisons du monde.
Jour, Toto, jour, mon cher petit
o, je me suis mise à la légère pour vous plaire. MAIS CELA NE ME
RÉUSSIT GUÈRE AUJOURD’HUI, mon cher petit tyran de je ne sais PAS
D’OÙ1.
Baisez-moi et pardonnez-moi mes réminiscences et mes plagiats. Je n’ai
pas le cœur inventif. Je vous aime et je ne sors pas de là. Je voudrais
toujours être avec vous. Voilà mon idée fixe. Je ne veux pas que vous en
aimiez jamais une autre que moi. Voilà ma manie. Baisez-moi et tâchez de
venir bien vite si vous tenez à me rendre bien heureuse. Sur ce, je vous
demanderai SCIE vous avez SOIF ?
Quand donc iras-tu chez le roi ?
Cela m’intéresse parce que j’ai l’espoir de t’accompagner. Je me
résignerai pour cela, s’il le faut, à te mener chez la vieille de
Courbonne doublée de la jeune de [Sans-Souci ?]. Tu peux
voir par le sacrifice que je fais, l’importance que j’attache à passer
une heure avec toi. En attendant, je t’adore et je te baise de toutes
mes forces et de tout mon cœur.
Juliette
1 Juliette joue avec le titre du drame de Victor Hugo Angelo, tyran de Padoue, joué pour la première fois le 28 avril 1835 au Théâtre-Français.
a « de toute sorte ».
b « auquels ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle déménage dans une jolie petite maison avec jardin, et Hugo (moins jaloux car infidèle) relâche la surveillance étroite qu’il exerçait sur elle.
- 10 févrierJuliette déménage du 14 au 12, rue Sainte-Anastase.
- 1er marsHugo vient dîner pour la première fois dans son nouveau logement.
- 25 marsMort de M. Foucher, beau-père de Victor Hugo.
- AvrilVictor Hugo accorde à Juliette le droit de sortir seule.
- 13 avrilHugo nommé Pair de France.
- 2 juilletHugo surpris avec Léonie en flagrant délit d’adultère dans leur chambre du passage Saint-Roch, par M. Biard et la police. Juliette n’en saura rien, malgré le scandale dans les journaux.
- 8-10 septembreEscapade de Hugo, peut-être avec Léonie Biard, près de Montfermeil.
- 26 septembrePèlerinage de Juliette et Victor Hugo aux Metz.
