« 14 avril 1845 » [source : BnF, Mss, NAF 16359, f. 53-54], transcr. Jeanne Stranart, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.11918, page consultée le 24 janvier 2026.
14 avril [1845], lundi matin, 10 h. ½
Bonjour, mon Toto, bonjour, mon Toto, bonjour, mon Toto. Ouf, je devrais
en rester là, car j’ai le cœur plus gros que la tête dans ce moment-ci
et il est probable que je me laisserai aller à des plaintes sans fin et
à des soupirs sans nombre qui ne serviront qu’à t’ennuyer si tu es
occupé et qu’à te faire du chagrin si tu m’aimes. Donc, il vaudrait
mieux de toute façon que je me taise. Cher adoré bien-aimé, je n’ai pas
d’amertume dans le cœur, je t’adore, je te désire et je t’attends. Voilà
tout.
C’est aujourd’hui lundi mais les ministres doivent faire le
lundi comme les savetiers, ce qui fait que
je n’attends la chose que demain1. J’avoue, par
exemple, que s’ils ne l’onta pas faite demain, je suis capable d’aller leur dire
des atrocités et des horreurs. J’ai fini par désirer cette chose, moi
aussi, pour les mêmes motifs que toi et pour un autreb encore qui m’est
personnel. C’est que je pourrai te demander un peu de tout le temps que
tu perds sous le prétexte de cette diablerie. Aussi je compte les heures
et les minutes qu’on te fait attendre avec la plus vive impatience et le
plus grand désir que ce soit fini tout de suite.
Mon Toto, je
t’aime, tu le sais, n’est-ce pas ? Eh bien ! tâche de venir bien vite
auprès de ta pauvre Juju.
1 « La chose » est l’annonce de la nomination de Victor Hugo en tant que pair de France.
a « s’il ne l’ont ».
b « une autre ».
« 14 avril 1845 » [source : BnF, Mss, NAF 16359, f. 55-56], transcr. Jeanne Stranart, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.11918, page consultée le 24 janvier 2026.
14 avril [1845], lundi après-midi, 4 h. ¼
Je t’ai vu partir avec bien du regret, mon Toto. Il me semble, chaque
fois que tu passes le seuil de ma porte, que tu emportes avec toi la
lumière, la joie, le bonheur, mon amour et mon âme. Mon Dieu qu’il est
triste de t’aimer comme je t’aime et de ne pouvoir pas vivre avec toi,
respirer le même air que toi, entendre ta douce voix, voir les mêmes
choses que toi, rire de ton rire, penser avec ta pensée, ne pas te
quitter enfin. C’est le regret de tous les instants de ma vie.
Cher
adoré bien-aimé, tu es doux, bon et charmant avec moi. Jamais tu ne m’as
dit un mot dur, jamais tu n’as eu un moment d’impatience. Je t’ai
toujours trouvé le plus charmant et le meilleur des hommes. Je te rends
bien justice, va. Quand je me plains, ce n’est pas parce que je suis
grognon et de mauvaise humeur, c’est parce que je souffre et que je
t’aime. Je t’aime trop et pourtant je ne voudrais pas t’aimer moins
quand je devrais en mourir. Mon amour, c’est mon trésor, ma gloire et
mon paradis. Je n’en donnerais pas une parcelle pour le monde entier. Je
t’aime, mon Victor, plus que plein mon âme. Je t’aime à remplir la terre
et le ciel de mon amour.
Juliette
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle déménage dans une jolie petite maison avec jardin, et Hugo (moins jaloux car infidèle) relâche la surveillance étroite qu’il exerçait sur elle.
- 10 févrierJuliette déménage du 14 au 12, rue Sainte-Anastase.
- 1er marsHugo vient dîner pour la première fois dans son nouveau logement.
- 25 marsMort de M. Foucher, beau-père de Victor Hugo.
- AvrilVictor Hugo accorde à Juliette le droit de sortir seule.
- 13 avrilHugo nommé Pair de France.
- 2 juilletHugo surpris avec Léonie en flagrant délit d’adultère dans leur chambre du passage Saint-Roch, par M. Biard et la police. Juliette n’en saura rien, malgré le scandale dans les journaux.
- 8-10 septembreEscapade de Hugo, peut-être avec Léonie Biard, près de Montfermeil.
- 26 septembrePèlerinage de Juliette et Victor Hugo aux Metz.
