« 22 mars 1845 » [source : BnF, Mss, NAF 16358, f. 213-214], transcr. Jeanne Stranart, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.5278, page consultée le 25 janvier 2026.
22 mars [1845], samedi matin, 11 h.
Bonjour, mon Toto chéri, bonjour, mon cher amour ravissant, bonjour, ma
vie, ma joie, mon printemps, mon soleil, mon parfum, mon âme, bonjour,
je t’aime. Tu as travaillé bien tard avec Bernard à ce qu’il paraît, puisque tu n’es pas revenu
malgré la prière que je t’en avais faite. J’espère que tu auras fini ce
travail et que je te verrai un peu tous les soirs. Tous les matinsa, je me crée de
nouvelles espérances qui sont déçues tous les soirs. Mais mon cœur est
infatigableb
et je recommence de plus belle et avec non moins de ferveur à te désirer
et à t’espérer.
J’ai bien regretté hier d’avoir oublié de te faire
baigner les yeux avant de partir. Ton eau était restée dans ma chambre,
c’est ce qui m’a empêchée d’y penser. Je vais me dépêcher de t’en faire
de la nouvelle dans le cas où tu viendrais de bonne heure. Comment va
ton rhume ? Le mien est absurde, je crois au reste que c’est plus fort
ce matin que cela n’a jamais été. Je n’y vois plus et on ne m’entend
plus parler. Tout cela ne serait rien si je ne souffrais pas
horriblement de la gorge et de la tête. J’en suis imbécilec. Je vais tâcher de me
secouer en allant et venant dans la maison, mais je suis bien ganache.
Je me détériored de jour en jour d’une manière effrayante.
J’aurais bien besoin que vous me donniez votre recette de conservation vous qui avez su vous figer dans vos trente
ans et qui ne sortez pas de là avec vos cheveux NOIRS. Vous me
rendrez un fameux service et dont je vous serai reconnaissante tout le
reste de ma vie.
Juliette
a « tous les matin »
b « infatiguable »
c « imbécille »
d « je me déterriore »
« 22 mars 1845 » [source : BnF, Mss, NAF 16358, f. 215-216], transcr. Jeanne Stranart, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.5278, page consultée le 25 janvier 2026.
22 mars [1845], samedi après-midi, 4 h. ¾
Tu m’as bien promis de venir avant le dîner, mon cher petit bien-aimé, et
j’y compte de toutes mes forces. Cher adoré, à peine si je te vois et
dans les quelques secondes que tu passes avec moi, tu trouves moyen de
me dire les choses les plus galantes, les plus rassurantes et les plus
charmantes du monde. Merci, mon adoré, merci de ta bonté, sois béni, mon
Victor, sois grand, sois sublime, sois admiré, sois aimé, sois adoré,
tout cela ne sera que juste et tu seras toujours au-dessus de tous les
bonheurs, au-dessus de toutes les admirations, au-dessus de toutes les
adorations par ta bonté ineffable et divine. Tu as bien fait d’aller
visiter ce pauvre jeune homme. Tu lui devais bien cela pour la loyauté
et le dévouement et l’admiration sans borne dont il t’a donné des
preuves. Hélas ! pour un Bousenot crevé1, combien de
[Ménars ?] de Fossombroni2 dévoués et sincères sont morts !
C’est à douter du bon Dieu quand on voit d’honnêtes créatures, de nobles
intelligences s’en aller avant le temps et des Rolle et des Saint-Marc Girardin vivre gonflés
de venin et de turpitudes.
Pardon, cher adoré, de cette boutade
inattendue. Je sens que [je] suis presque ridicule en
te parlant ainsi.... Ridicule, pourquoi ?
Est-ce qu’il n’est pas dans mes attributions de regretter et d’aimer qui
t’aime et qui t’admire et de haïr et de mépriser de toutes mes forces
qui te déchire et qui te haita ? Certainement si, n’est-ce pas, mon amour ? Donc j’ai
bien fait d’épancher ma bile puisque j’en avais besoin.
Juliette
1 À élucider.
2 S’agit-il de Vittorio Fossombroni, homme politique et mathématicien italien décédé en 1844 ?
a « te hais »
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle déménage dans une jolie petite maison avec jardin, et Hugo (moins jaloux car infidèle) relâche la surveillance étroite qu’il exerçait sur elle.
- 10 févrierJuliette déménage du 14 au 12, rue Sainte-Anastase.
- 1er marsHugo vient dîner pour la première fois dans son nouveau logement.
- 25 marsMort de M. Foucher, beau-père de Victor Hugo.
- AvrilVictor Hugo accorde à Juliette le droit de sortir seule.
- 13 avrilHugo nommé Pair de France.
- 2 juilletHugo surpris avec Léonie en flagrant délit d’adultère dans leur chambre du passage Saint-Roch, par M. Biard et la police. Juliette n’en saura rien, malgré le scandale dans les journaux.
- 8-10 septembreEscapade de Hugo, peut-être avec Léonie Biard, près de Montfermeil.
- 26 septembrePèlerinage de Juliette et Victor Hugo aux Metz.
