« 20 février 1845 » [source : BnF, Mss, NAF 16358, f. 101-102], transcr. Jeanne Stranart, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.5148, page consultée le 24 janvier 2026.
20 février [1845], jeudi matin, 9 h. ¾
Bonjour, mon petit bien-aimé, bonjour, mon Toto adoré, bonjour, mon cher
petit homme, doux, charmant et ravissant, bonjour, bonjour, je t’aime.
Le serrurier a emporté la serrure du jardin. Dès que tu m’auras donné
tes clefs, je les lui enverrai pour qu’il les arrange. Il faut espérer
que cette fois elles iront. Du reste, ce ne sera pas sans peine, sans
temps et sans impatience. Il est impossible d’éprouver plus de guignon,
plus d’entraves et de petites contrariétés que je n’en ai éprouvésa depuis que j’ai mis le
pied dans cette maison. J’attends que tu la désensorcelles par quelque
acte MYSTÉRIEUX. Jusque-là, je n’y aurai pas de confiance.
Comment
vas-tu, mon Toto ? Comment va ton cher petit ventre ? Si le bouillon et
le raisin ne t’ont pas fait de mal, tu en auras encore ce soir. Mais,
grand Dieu, quel temps de loup ! Il gèle de plus en plus, c’est à peine
si je peux tenir ma plume pour t’écrire. Il est vrai que je suis sans
feu. Quel chien de temps !
Dès que nous aurons déjeuné, j’enverrai
Suzanne chez ton marchand
de papier, non pas avec mon livre à cause des indications de toute sorte
qu’il y a dessus et que je ne me soucie pas que le marchand et Suzanne
voient, mais avec la date précise en leur faisant dire de regarder sur
leur livre, à eux, la date correspondante. Mais je doute fort qu’il
rende l’argent. En attendant, mon Victor, je t’aime et je te baise de
toutes mes forces.
Juliette
a « éprouvé ».
« 20 février 1845 » [source : BnF, Mss, NAF 16358, f. 103-104], transcr. Jeanne Stranart, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.5148, page consultée le 24 janvier 2026.
20 février [1845], jeudi soir, 5 h.
Cher ange de douceur et de bonté, laisse-moi t’adorer de loin puisque
chaque fois que nous nous trouvons une minute ensemble, on dirait qu’il
y a un malin diable qui s’amuse à nous susciter mille tracasseries dans
lesquellesa je
perds le peu de courage et de patience que j’ai, mais d’où tu sors
toujours plus doux, plus charmant et plus aimé. Pour toi, ces petites
infortunes domestiques sont autant d’occasions de montrer ton ineffable
bonté et ta patience angélique. Pour moi, se sont de vraies calamités où
je perds tout sang-froid et toute retenue. Je t’en demande pardon, mon
bel ange, mais cela ne peut pas être autrement. D’abord parce que je
suis femme, ensuite parce que je consacre toute ma patience et tout mon
courage à supporter tes éternelles absences. Il ne me reste plus une
seule goutte pour les autres affaires de la vie.
Ton papetier a
redonné [3 ?] francs et rendu le papier d’hier en
ajoutant que c’était la dernière fois qu’on te le vendait ce
prix-làb, que,
du reste, tu pourrais aller ailleurs et que tu n’en aurais pas à aussi
bon marché que le leur, que c’était par égard pour l’erreur qu’il y
avait euec l’année
dernière sur le prix et pour la peine que Suzanne s’étaitd donnée qu’on faisait cette remise. Toujours
est-il que [le ?] voilà quitte à toi à te pourvoir
ailleurs si tu le juges{« tu le juge »} à propos. Le serrurier a apporté
la serrure. Il prétend qu’elle ira bien maintenant. Tu sauras cela ce
soir. En attendant, je te baise et je t’adore comme un pauvre ange que
tu es.
Juliette
Mme Guérard vient réclamer sa place pour le 271. Je la lui ai promise de nouveau, attendu que Claire ne pourra pas venir avec moi ce jour-là.
1 La cérémonie de réception de Sainte-Beuve à l’Académie française se déroule le 27 février 1845. C’est une séance publique. À cette occasion, Victor Hugo prononce un discours en réponse au discours de Sainte-Beuve.
a « lesquels ».
b « se prix-là ».
c « avait eu ».
d « c’était ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle déménage dans une jolie petite maison avec jardin, et Hugo (moins jaloux car infidèle) relâche la surveillance étroite qu’il exerçait sur elle.
- 10 févrierJuliette déménage du 14 au 12, rue Sainte-Anastase.
- 1er marsHugo vient dîner pour la première fois dans son nouveau logement.
- 25 marsMort de M. Foucher, beau-père de Victor Hugo.
- AvrilVictor Hugo accorde à Juliette le droit de sortir seule.
- 13 avrilHugo nommé Pair de France.
- 2 juilletHugo surpris avec Léonie en flagrant délit d’adultère dans leur chambre du passage Saint-Roch, par M. Biard et la police. Juliette n’en saura rien, malgré le scandale dans les journaux.
- 8-10 septembreEscapade de Hugo, peut-être avec Léonie Biard, près de Montfermeil.
- 26 septembrePèlerinage de Juliette et Victor Hugo aux Metz.
