« 8 décembre 1840 » [source : BnF, Mss, NAF 16343, f. 213-214], transcr. Chantal Brière, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.9302, page consultée le 24 janvier 2026.
8 décembre [1840], mardi soir, 9 h. ¾
Où es-tu, cher, cher bien-aimé ? Où es-tu pour que je t’envoie mon âme dans un
baiser ? Je suis fière de toi, mon sublime petit homme, je me mire dans ton âme
et dans ton génie comme si ce miroir-là ne mettait pas à nu ma nullité et ma
stupidité. Mais ça m’est égal car j’y vois en même temps mon amour aussi beau
et aussi noble que s’il venait d’une duchesse et d’une femme d’esprit. Et avec
cette qualité je crois pouvoir me passer de toutes les autres. D’ailleurs tu as
suffisamment de tout ça pour tout le monde entier et j’ai de l’amour plus que
tu n’en useras en supposant que tu vives éternellement comme le bon Dieu.
La mère Lanvin était dans le
ravissement de la lettre que tu as écrite pour son mari. Elle pleurait pendant
que je la lui lisais. C’est qu’aussi c’est un bijou de bonté et de
recommandation qui n’a pas sa pareille. Je te dis que tu es mon cher petit
bien-aimé adoré. Je lui ai donné, à la mère Lanvin, les 211 f. 25 c. de la pension de Claire en lui recommandant de dire à Mlle Hureau de ne rien
acheter sans mon autorisation. Elle viendra cette semaine me rapporter la
quittance acquittée et peut-être aussi quelque nouvelle de M. Pradier. Cependant je n’y compte pas vu la
facilité qu’il a [de] se soustraire à toute espèce de visite
qui vienne de Lanvin ou de sa femme. C’est bien malheureux pour moi et pour
l’enfant que tu ne sois pas à même de procurer à M. Pradier, moyennant une
honnête transaction au profit de sa fille, un travail lucratif et de quelque
importancea.
Enfin ça n’est pas [illis.], il est triste que M. Pradier ne voie pas que cela
sera un jour et peut-être très prochainement et
qu’en attendant il se perde dans ton estime et qu’il s’aliène l’affection de
son enfant qui est d’âge maintenant à comprendre tout l’odieux de la conduite
de son père envers elle. Mais c’est assez et déjà trop à ce triste sujet. Je
t’aime, mon adoré, je te vénère, je t’adore. Je te dis toujours la même chose
avec les mêmes mots parce que c’est la vraie vérité de mon cœur et de mon âme.
Pauvre bien-aimé, je regrette maintenant de n’avoir pas essayé de trouver un
dîner plus sain et plus à ton goût mais dans la hâte et à l’heure où tu es
parti j’ai hésité et maintenant j’en suis fâchée. Une autre foisb je ne marchanderai pas avec
ton souper, je ferai même dans le doute le plus doute ce qu’il faut pour donner
à manger honnêtement à un cher bien-aimé comme toi.
Juliette
a « quelqu’importance ».
b « autrefois ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
ils voyagent sur les bords du Rhin.
- JanvierHugo devient président de la Société des Gens de Lettres.
- MaiLes Rayons et les ombres.
- Mai-aoûtVillégiature à Saint-Prix.
- 11 juinSa sœur Renée épouse Louis Koch (né en 1801).
- 29 août-1er novembreVoyage sur les bords du Rhin et dans la vallée du Neckar.
