« 23 novembre 1840 » [source : BnF, Mss, NAF, 16343, f. 179-180], transcr. Chantal Brière, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.9191, page consultée le 25 janvier 2026.
23 novembre [1840], lundi soir, 11 h. ½
Je voulais ne pas t’écrire, mon bien-aimé, mais je n’y tiens pas et toute
malade, touta étourdie que je
sois par la triste journée d’aujourd’hui, il faut que je t’écrive pour te dire
que je t’aime. J’ai beaucoup souffert et je t’ai fait beaucoup souffrir mais je
t’aime. Je ne sais pas si je parviendrai jamais à t’inspirer de l’estime mais
je sens que je t’aimerai toujours quoi queb tu fasses pour m’en
dégoûter. Tu es bien injuste et bien cruel pour moi, mon pauvre bien-aimé,1 quand tu me soupçonnes, de gaieté de
cœur, capable de faire une trahison infâme.
J’achève ma phrase à présent,
c’est-à-dire dix-huit heures après qu’elle a été commencée. Je ne suis plus
aussi triste ni aussi abasourdie qu’hier, mon adoré, parce que tu as été si
bon, si doux, si rassurant depuis ce temps-là avec ta pauvre Juju qu’elle a
repris courage et qu’elle espère te convaincre de son honnêteté et de sa
fidélité avec le temps, la patience et surtout avec l’amour dont elle a un fond
inépuisable. Je voudrais savoir où tu es, mon cher bien-aimé, pour t’envoyer ma
pensée toutc imprégnée d’amour
et de baisers. Avec moi tu n’as pas cet embarras, tu es toujours sûr que je
suis à mon poste et tu peux m’adresser toutes les pensées d’amour que tu
voudras, tu sais qu’elles arriveront toujours à leur adresse, c’est-à-dire dans
le cœur le plus tendre et le plus passionné qu’il y ait dans tous les mondes
possibles tandis que moi je vais toujours au hasard quand je vous cherche et je
me cogne le plus souvent dans des coins obscurs où vous n’êtes pas. Par exemple
aujourd’hui il est probable que si je voulais vous trouver, je n’aurais qu’à
prendre ma course chez quelques péronnelles de votre connaissance. Vous avez
mis à cette intention une chemise à JABOT qui flaire
la visite et la galanterie mais prenez garde que sans être vue je ne tombe
entre elles et vous, que je ne leur administre force coups de pieds ce qui
n’avance pas vos affaires mais ce qui me ferait bien rire. Prenez garde à vous,
je vous surveille de tout mon amour.
Juliette
1 La phrase est interrompue ici et reprise à la date du « 24 novembre, mardi soir, 4 h. ¼ ».
a « toute ».
b « quoique ».
c « toute ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
ils voyagent sur les bords du Rhin.
- JanvierHugo devient président de la Société des Gens de Lettres.
- MaiLes Rayons et les ombres.
- Mai-aoûtVillégiature à Saint-Prix.
- 11 juinSa sœur Renée épouse Louis Koch (né en 1801).
- 29 août-1er novembreVoyage sur les bords du Rhin et dans la vallée du Neckar.
