« 5 novembre 1840 » [source : BnF, Mss, NAF, 16343, f. 129-130], transcr. Chantal Brière, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.9173, page consultée le 28 janvier 2026.
5 novembre [1840], jeudi après-midi, 1 h.
Malgré ta promesse, mon pauvre amour, je n’espère pas te revoir de la journée. Je sens bien que puisque ta famille est encore à Saint-Prix1 qu’il faut que tu y aillesa tous les jours. Cependant je dois avouer que je ne désire pas son retour car j’aime mieux, ne pouvant pas t’avoir sans intermittence, t’avoir toute la nuit et une partie de la matinée qu’un quart d’heure soir et matin comme il t’arrive presque toujours de m’en donner quand tout ton monde est à Paris installé. Dans la cruelle nécessité de me séparer de toi tous les jours j’aime mieux tout ce qui diminue d’une seconde le malheur de l’absence que ce qui le prolonge. Voilà mon opinion, ce n’est pas ma faute si je sens ainsi. Baise-moi mon adoré. Je t’aime toujours de plus en plus sans savoir comment cela se fait car il semble impossible d’aimer plus quand on aime déjà de tout son cœur, de toutes ses forces et de toute son âme. Eh bien moi, je résous ce problème difficile à chaque instant de ma vie. Je vais envoyer chercher la coquille2 de Mme Guérard tout à l’heure et ensuite faire acquitter la note de l’épicier. Je ne pourrai pas encore me faire BELLE aujourd’hui. Mais soyez tranquille le jour où je m’y mettrai ce sera HORRIBLE. Baisez-moi en attendant et n’abusez pas de votre AVANCE car vous êtes déjà dans tous vos atours, vous. Baise-moi scélérat.
Juliette
1 La famille Hugo s’était installée pour la saison d’été au château de la Terrasse à Saint-Prix et Hugo s’y rendait très régulièrement. Il semble pourtant qu’à cette date Mme Hugo et ses enfants soient de retour à Paris.
2 Il s’agit d’une « coquille à rôtir », sorte de boîte en terre cuite ou en fonte pouvant contenir de la braise et permettant de faire rôtir les viandes sur une cuisinière.
a « aille ».
« 5 novembre 1840 » [source : BnF, Mss, NAF, 16343, f. 131-132], transcr. Chantal Brière, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.9173, page consultée le 28 janvier 2026.
5 novembre [1840], jeudi soir, 6 h. ½
Vous voyez bien, mon adoré, que je n’avais que trop raison quand je disais ce
matin que je ne vous verrai plus d’ici à minuit. Hélas ! Quand il s’agit de
votre absence j’ai des tristesses qui ne me trompent pas d’avance.
J’ai
vu Mme Triger à qui j’ai donné les deux verres communsa, un pour elle et un pour Mme Pierceau comme elle y allait ce soir. Je me suis débarrassée au
plus vite de la corvée d’offrir ces deux verres qui n’ont rien de merveilleux
par eux-mêmes ! Pour leur donner un peu de piquant et pour remercier ces deux
dames d’avoir assisté à la distribution des prix en mon absence je leur ai fait
les honneurs de nos deux bourses en disant que Claire les avait faites à leur intention. D’ailleurs nous n’y
perdrons rien parce que notre Clairon1 nous en fera d’autresb plus commodes et plus jolies parce qu’elles seront
mieux faites. Mon Toto chéri je vous aime de toute mon âme et je voudrais avoir
un petit JONAS2 de vous. C’est mon vœuc le plus cher mais qui ne sera
jamais exaucé comme tout ce qu’on désire de tout son cœur. Par exemple depuis
tantôt je désire ardemment vous baiser tout de suite
et cependant il n’est que trop sûr que je n’aurai pas ce bonheur-là avant
minuit. Tenez, je vous dis que vous êtes un scélérat. Taisez-vous et venez, ça
vaudra mieux ou je SALIS tous vos peignes. Voime,
voime, vieux cochon, ils sont propres quand ils sortent de vos mains,
vous êtes une bête et moi aussi mais je vous aime.
Juliette
1 Sobriquet pour Claire.
2 Pour cet enfant désiré, Juliette choisit le prénom du petit Besancenot.
a « commun ».
b « d’autre ».
c « vœux ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
ils voyagent sur les bords du Rhin.
- JanvierHugo devient président de la Société des Gens de Lettres.
- MaiLes Rayons et les ombres.
- Mai-aoûtVillégiature à Saint-Prix.
- 11 juinSa sœur Renée épouse Louis Koch (né en 1801).
- 29 août-1er novembreVoyage sur les bords du Rhin et dans la vallée du Neckar.
