« 16 juin 1840 » [source : BnF, Mss, NAF 16342, f. 213-214], transcr. Chantal Brière, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.9063, page consultée le 24 janvier 2026.
16 juin [1840], mardi matin, 9 h. ¼
Je t’écris tout de suite une grosse lettre, mon Toto, parce que j’ai à copier
aujourd’hui et puis aussi parce que je ne sais pas comment je serai tantôt. Je
souffre tant ce matin qu’il me semble que je ne pourrai pas aller le reste de
la journée comme ça. Si cela continuait je serais forcée de faire venir le
médecin. En attendant je vais tâcher de reprendre courage et copier tes
manuscrits aujourd’hui avant que je ne tombe malade tout à fait. Je ne vois pas
paraître notre voyage à l’horizon, c’est peut-être ça qui est cause que je
souffre tant. Je suis sûre que si tu venais me dire que nous partons demain
soir pour de bon mon mal de reins s’en irait
subitement. Malheureusement c’est un remède que tu ne m’appliqueras pas de
sitôt et je cours grand risque de crever auparavant pourvu que mon mal soit un
peu pressé. Enfin voilà à la grâce de Dieu et de Toto. Je vous attendrai pour
déjeuner, mon pauvre amour, mais j’ai bien peur que vous ne veniez pas. Il est
probable que Benard vous fera
déjeuner avec lui et vous retiendra indéfiniment peut-être jusqu’à demain qui sait l’HASARD. Cette perspective ne me rend
pas gaie ni bien gaillarde, je vous assure.
Je n’écris pas au Dabat parce que je n’ai pas le dessin de tes
souliers et que je ne sais pas ce que c’est, dès que tu me l’auras donné je le
ferai venir. J’ai mis l’argent de la penaillon de côté pour demain, j’ai payé le blanchisseur, je suis au
pair avec Suzanne et j’ai deux ou
trois sous de veloursa courant les uns après les
autres, voilà ma position financière et morale. Je vous aime Toto. Je vous
adore mon petit homme. Je crois que je me porterais mieux si vous veniez
déjeuner et je suis sûre que je me porterais bien si nous devions passer la
journée ensemble sur un chemin quelconque, celui des Metz1 par exemple. Voime, voime, voime, il n’y a pas de danger
alors car vous ne viendrez pas auparavant ce soir tard, si
vous venez, ce dont je doute. Enfin, mon Toto, absent je te désire et
je t’aime, présent je suis heureuse et je t’aime, tâche de venir bientôt.
Juliette
1 Petit village où Hugo installa Juliette et sa fille durant les étés 1834 et 1835 alors qu’il séjournait lui-même en famille chez les Bertin aux Roches près de Bièvres.
a « velour ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
ils voyagent sur les bords du Rhin.
- JanvierHugo devient président de la Société des Gens de Lettres.
- MaiLes Rayons et les ombres.
- Mai-aoûtVillégiature à Saint-Prix.
- 11 juinSa sœur Renée épouse Louis Koch (né en 1801).
- 29 août-1er novembreVoyage sur les bords du Rhin et dans la vallée du Neckar.
