« 9 avril 1855 » [source : BNF, Mss, NAF 16 376, f. 147-148], transcr. Magali Vaugier, rév. Guy Rosa, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.7049, page consultée le 06 août 2026.
Jersey, 9 avril 1855, lundi après-midi
J’aurais donné de bon cœur hier à tous les diables les petits Préveraud qui interrompaient si mal à propos mon admiration et mon bonheur de t’entendre, mon formidable bien-aimé, mais cela ne m’aurait pas initiée à une syllabe de plus, à mon grand regret, hélas ! Quelle sublime trombe de colère, de mépris et d’indignation, mon flamboyant bien-aimé1 ! On est terrifié et ébloui tout à la fois. Ta pensée fait le bruit du tonnerre et chacun de tes mots est un éclair qui brûle et qui foudroie le coupable. Cette exécution morale que tu fais subir à ce misérable est dix millions de fois plus affreuse et plus effrayante pour l’âme que toutes les plus atroces tortures du Moyen Âge. Quelle poésie de souffre et de feu ! quel châtiment tu infliges à ce monstre empereur, et encore je ne connais pas tout… grâce à la présence de mes insignifiants petits convives bourgeois. Je n’ose pas espérer que tu daigneras achever de m’initier à là la suite de l’effroyable chose mais je te suis bien reconnaissante de ta première bonne [illis.].
Juliette
1 Hugo adresse la 8 avril une lettre ouverte à « Louis Bonaparte », intitulée « l’Empereur va à Londres », à l’occasion de sa visite à la Reine Victoria après la Guerre de Crimée qui opposa la Russie à une coalition regroupant la France, le Royaume-Uni et le royaume ottoman et s’acheva par la victoire de cette coalition. Hugo, retrouvant la verve polémique de Châtiments, feint d’exhorter Napoléon III, « faux monnayeur de l’honneur », à renoncer à sa visite : « Ne venez pas dans ce pays ! » Le peuple anglais libre en pourrait que conduire à l’échafaud un tyran comme Napoléon III. Venir à Londres serait aussi prétendre faire oublier que, pendant les réjouissances officielles, les proscrits et les condamnés meurent en captivité dans des conditions atroces. Mais rien ne sauvera la mémoire salie d’un criminel finalement pitoyable, ce qu’indiquent les derniers mots de la lettre : « Je vous plains, monsieur, en présence du silence formidable de l’infini. » (Actes et paroles, 2).
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle suit Hugo, expulsé de Jersey, à Guernesey.
- 8 févrierMort d’Abel Hugo (né en 1798).
- 20 juinFête en l’honneur de Hugo dans son jardin.
Après la crise de démence de Jules Allix dans la nuit du 10 au 11 octobre, on met fin aux séances de tables parlantes. - 17 octobreHugo fait partie des signataires, dans le journal L’Homme, d’une déclaration s’opposant à l’expulsion de trois journalistes.
- 31 octobreHugo, François-Victor et Juliette quittent Jersey pour Guernesey. Hugo et son fils vont à l’Hôtel de l’Europe. Juliette va au Crown Hotel, puis en location.
- 9 novembreHugo et les siens s’installent au 20, Hauteville.
- 14 décembreJuliette vient d’emménager au 8 rue du Havelet, chez Miss Le Boutillier.
