« 15 avril 1839 » [source : BnF, Mss, NAF 16338, f. 53-54], transcr. Madeleine Liszewski, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.8173, page consultée le 26 janvier 2026.
15 avril [1839], lundi, midi ¼
Bonjour, mon cher petit bien-aimé, j’ai ouvert ma fenêtre pour pouvoir me rapprocher plus vite de vous, parce qu’il me semble que vous devez comme moi avoir hâte de humer un peu d’air et de soleil et peut-être de penser à moi comme je le fais dans ce moment-ci en vous envoyant toute mon âme dans un baiser. Si vous pouviez me faire sortir aujourd’hui ce serait un bien grand bonheur. Malheureusement nous n’avons pas un sou et il m’est impossible d’avoir l’espoir d’un dîner aux Marronniers1. Je viens de donner tout mon argent pour le blanchisseur, ainsi ma bourse est réduite à sa plus simple expression et la vôtre, mon pauvre petit homme, ne me paraît guère plus garnie. Cependant qui est-ce qui nous empêche d’aller nous promener sur la colline et d’être heureux ? Tâchez donc de me donner ce bonheur du printemps de l’âme et de l’amour. Votre cocotte me paraît très folâtre ce matin. Je vais tout à l’heure lui [donner ?] une leçon de [civilisation ?]. Le plus tôt sera le mieux puisqu’elle se porte bien. Jour, mon petit o. Je vous aime. Vous m’avez lu de bien admirables [vers ?] [cette nuit ?], c’était [effrayant ?] aussi j’ai passé par tous [les degrés ?] [de l’admiration ?] depuis le frisson de l’[illis.] jusqu’aux [illis.] et puis c’est que vous êtes admirablement beau. [illis.]
1 Les Marronniers : restaurant réputé de Bercy.
« 15 avril 1839 » [source : BnF, Mss, NAF 16338, f. 55-56], transcr. Madeleine Liszewski, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.8173, page consultée le 26 janvier 2026.
15 avril [1839], lundi soir, 6 h.a
Pourquoi, mon cher petit bien-aimé, avez-vous toujours l’air d’un jaloux ? Vous déflorez tous les petits moments de bonheur que me donne votre chère présence, car rien ne refroidit plus les caresses et l’amour que l’air inquiet et fâché que vous me montrez presque toujours. Encore si vous ne me l’attribuiez pas à moi-même, cet air triste et contraint, ce ne serait que demi-mal, mais plus vous êtes soupçonneux et plus vous me trouvez l’air triste et grognon, effet naturel des verres à travers lesquels me voit votre jalousie. C’est égal, je vous aime et je vous pardonne, et pourvu que vous me fassiez prendre l’air un peu ce soir et que vous me montriez un peu de Lucrèce, je serai contente et heureuse. Quelle belle journée ! J’aurais donné bien des jours et même bien des mois pour pouvoir marcher à côté de vous aujourd’hui partout où votre rêverie vous conduisait. Hélas !... je suis triste, moi, mais j’ai des raisons pour cela. Ce n’est pas comme vous, vieux lunatique, car de qui vous plaignez-vous ? Vous êtes adoré, et vous pouvez prendre et user de cette adoration autant et chaque fois que vous le désirez et c’est ce qui fait que vous le désirez si peu souvent. Mais parlons d’autre chose et aimez-moi un peu pendant que je vous aime de toute mon âme.
Juliette
a Une croix entre la date et le corps de la lettre.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle renonce définitivement à son métier et Hugo s’engage, par un mariage symbolique, à l’entretenir et ne jamais l’abandonner.
- 1er févrierLouise Beaudoin, malade, ne peut jouer dans Ruy Blas. Juliette Drouet refuse de reprendre son rôle.
- ÉtéLéopoldine s’éprend de Charles Vacquerie.
- 31 août-26 octobreVoyage en Alsace, Rhénanie, Suisse et Provence.
- Nuit du 17 au 18 novembre« Mariage » symbolique de Juliette Drouet et Victor Hugo, par lequel elle renonce à sa carrière d’actrice et reçoit l’assurance qu’il ne l’abandonnera jamais, et s’occupera de Claire.
