« 4 juillet 1851 » [source : BnF, Mss NAF 16369, f. 101-102], transcr. Anne Kieffer, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.868, page consultée le 08 août 2026.
4 juillet 1851, vendredi matin, 7 h. ½
Bonjour, mon cher bien-aimé, bonjour. Comment as-tu passé la nuit ? Est-ce que tu t’es levé ce matin à 5 h. ? Il faisait bien froid et bien humide, surtout pour avoir été déjà mouillé comme tu l’as été hier au soir. Est-ce que cela ne t’a pas fait de mal, mon pauvre doux bien-aimé ? Mon Dieu quel affreux temps. Quelle désolante température pour ta pauvre gorge. J’en suis consternée dans l’âme. S’il était possible que l’affaire de ton Charlo1 puisse être mise à jour d’ici à trois jours, est-ce que tu ne songerais pas sérieusement à changer d’air et à aller chercher le soleil et la santé dans le midi ? Pour moi je suis persuadée, en dehors de mon égoïsme et de tout le bonheur qui me reviendrait de cette excursion, que c’est de tous les remèdesa celui qui peut te guérir le plus vite. Ce qu’il te faut c’est le repos, c’est le vert des arbres, le bleu du ciel et un bon soleil bien rissolant sur ton cher petit dos pendant un grand mois au moins. Hélas ! en te parlant ainsi je prévois et je sens comme un remords l’objection que tu as à me faire et je me reproche d’avoir cédé à un mouvement de douloureuse susceptibilité. Je pouvais, par les moyens que tu sais, prolonger encore pendant un certain temps la déplorable confidence que je t’ai faite il y a deux jours. Si elle devait avoir pour résultat de t’empêcher de faire ce voyage que je crois nécessaire pour hâter et compléterb ta guérison, je ne me le pardonnerais pas, quelque inconvénient qu’ait pu avoir pour plus tard ma dissimulation forcée. Tâche, mon pauvre bien-aimé, de ne pas me donner ce remords de tous les instants d’être la cause de tes souffrances prolongées. Tu sais que tout ce que j’ai t’appartient et s’il n’y a pas moyen que je t’accompagne, ô mon Dieu, eh bien j’en fais le sacrifice à ta santé. Je me résignerai comme je pourrai. Pour que tu ne souffres plus tout m’est possible. Ce qui vient de se passer m’a donné la mesure de mes forces que je ne connaissais pas auparavant. Ne t’inquiète pas de ce que je deviendrai. Pourvu que tu guérissesc et que tu m’aimes je supporterai tout. Mon Victor bien aimé pense à toi, guéris-toi, mon bonheur viendra à la suite.
Juliette
1 En juin 1851, Charles Hugo est traduit devant la cour d’assises de la Seine pour attentat à la loi, après avoir publié un article remarqué dans lequel il dénonce la peine de mort à travers le récit d’une exécution particulièrement sauvage dans la Nièvre. Victor Hugo défend son fils lors du procès, le 11 juin 1851. Malgré son plaidoyer associant la défense de Charles Hugo et la dénonciation de la peine de mort, l’accusé est condamné à 6 mois de prison et à 500 F. d’amende.
a « tout les remèdes ».
b « completter ».
c « guérisse ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle apprend la liaison de Hugo avec Léonie Biard (qui dure depuis 7 ans), et le sauve quand il est recherché par la police après le coup d’État.
- 1851Hugo visite les caves de Lille.
- 11 juinCharles Hugo, défendu par son père en cour d’assises, condamné à six mois de prison pour un article contre la peine de mort.
- 28 juinJuliette Drouet reçoit le paquet des lettres d’amour de Hugo à Léonie Biard, que celle-ci lui envoie pour l’informer de leur liaison.
- 17 juilletDiscours de Hugo contre la révision de la constitution.
- 15 septembreFrançois-Victor et Paul Meurice condamnés à neuf mois de prison pour avoir réclamé dans un article le droit d’asile pour les proscrits.
- 21-23 octobreExcursion vers Melun et Fontainebleau.
- 26-27 octobreAutre excursion.
- 2 décembreCoup d’État de Louis-Napoléon Bonaparte. Hugo est l’un des sept membres du Comité de résistance.
- 11 décembreHugo part en exil, et passe la frontière belge avec un passeport au nom de Lanvin, ami de Juliette Drouet.
- 13 décembreJuliette Drouet rejoint Hugo à Bruxelles en emportant la malle aux manuscrits.
