« 26 mai 1847 » [source : MVH, α 8984], transcr. Nicole Savy, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.2138, page consultée le 03 mai 2026.
26 mai [1847], mercredi matin, 8 h.
Bonjour, mon Toto, bonjour, du cœur et de l’âme seulement, car il
m’est impossible de prononcer un seul mot sans que cette affreuse tousserie ne vienne
m’étrangler et me rendre violette. Hélas ! Pourquoi cette
métamorphose s’arrête-t-elle à la couleur ? Il me serait pourtant bien doux d’être
fleur pour de vrai au lieu d’être une affreuse vieille femme
rechignée.
Duval qui travaille depuis cinq heures du
matin dans mon jardin vient de me dire que M. le curé n’a pas reçu la lettre que je
t’avais chargé de mettre à la poste. Je ne suspecte pas ta probité Dieu le sait et
ce
malencontreux hasard est tout à fait de la faute de la poste. Quoi qu’il en soit,
je
vais lui écrire tout à l’heure pour lui dire à peu de chose près le contenu de cette
lettre qui l’informait du retour de M. Pradier. J’écrirai aussi à Mme Luthereau. Cependant j’ai bien mal à la tête. Enfin
je verrai quand j’y serai. En attendant je vais aller faire un tour dans mon jardin
pour stimuler Duval.
Cher adoré, je t’aime. J’ai été bien punie hier de ne
pouvoir pas parler car je t’aurais dit toutes sortes de
tendresses qui m’emplissaient trop le cœur.
Juliette
« 26 mai 1847 » [source : MVH, α 8985], transcr. Nicole Savy, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.2138, page consultée le 03 mai 2026.
26 mai [1847], mercredi après-midi, 1 h. ¼
Oui, va, viens-y, polisson, chercher tes dix francs. Tu verras de quel
bois je me mouche. Viens prendre encore mon encrier et tu sentiras s’il fait chaud
sur
ton casaquin1. Je te conseille de faire le délicat et de trouver que je t’abîme tes manuscrits. Ils sont bien tenus tes manuscrits, je
m’en fiche. Si les gribouillis qu’ils contiennent sont aussi bien peignés que leurs
feuillets c’est du propre et je plains le malheureux éditeur qui les achètera. Voilà
mon opinion sur vos papiers. Taisez-vous et rougissez si vous pouvez.
Je crois
que c’est à cette légitime et vertueuse indignation que je dois le redoublement de
strangulation que j’éprouve dans ce moment-ci. Pour peu que cela fasse encore quelque
progrès j’en cracherai ma langue et mes dents sur mon papier. Tout cela c’est votre
faute. Si au lieu de me tenir enfermée comme un pauvre chien vous me donniez force
culottes2 et si
vous me faisiez marcher tous les jours je serais la plus heureuse et la mieux portante
des femmes. Donc vous êtes un profond scélérat que je pourrais haïr si je voulais.
Juliette
1 Dans la langue populaire, le casaquin désigne le corps.
2 Se donner une culotte : faire ripaille, bombance.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle écrit ses mémoires de couvent pour documenter l’épisode du Petit-Picpus dans Les Misérables.
- 23 janvierPremière de la reprise de Lucrèce Borgia à la Porte-Saint-Martin.
- 21 juinElle assiste avec Hugo à la messe à Saint-Mandé, pour le premier anniversaire de la mort de Claire.
- Août-septembreLiaison de Hugo avec Alice Ozy, qui est aussi la maîtresse de son fils Charles.
- 4 septembreLe corps de Claire Pradier est exhumé une seconde fois pour être placé dans un caveau au cimetière de Saint-Mandé.
- 7-9 septembreÀ la demande de Hugo qui s’en servira pour Les Misérables, Juliette écrit ses mémoires de couvent.
- 30 septembre-7 octobreVoyage en Normandie.
