« 21 mai 1846 » [source : BnF, Mss, NAF 16363, f. 73-74], transcr. Marion Andrieux, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.1804, page consultée le 02 mai 2026.
21 mai [1846], jeudi après-midi, 1 h. ½
Je t’écris bien tard, mon bien-aimé, et pourtant je suis levée depuis
bien longtemps. Je pourrais même dire que je ne me suis pas beaucoup couchée, tant
la
nuit a été mauvaise pour cette pauvre enfant. M. Triger est arrivé à 11 h. ½ du matin et il l’a saignéea tout de suite. On avait prévenu l’autre
médecin qui a eu avec lui une conversation dans le jardin. Pendant ce temps, le sang
avait déjà pu donner du diagnostic en se coagulant. Ils
pensent, d’après ce sang, qu’il faudra une autre saignée. Du reste, il leur
seraitb impossible à l’un comme à
l’autre d’assister à la visite de M. Louis
si elle avait lieu demain avant cinq ou six heures du soir. Ils aimeraient mieux que
la consultation, à cause de la saignée même, n’ait lieu que samedi. J’ai envoyé tout
de suite Mme Lanvin chez M. Pradier pour lui dire de tâcher d’arranger le jour
et l’heure avec M. Louis pour qu’au moins un de ces deux meilleurs assiste à la
consultation qui sans cela deviendra presque aussi inutile que l’autre. Dieu veuille
que je sauve ma pauvre fille des griffes de tous ces gens là et que je puisse bientôt
emplir mes gribouillis de choses plus agréables et plus gaies que toutes ces lugubres
purgonnades dont je la bourre depuis plus d’un mois.
Il paraît que c’est
aujourd’hui ma fête. Hélas, quelle dérision puisque je ne te
verrai pas aujourd’hui. J’en veux presque à ceux qui s’en sont souvenus car pour moi
les fleurs et les souhaits font ressortir plus douloureusement encore ton absence.
Je
voudrais pouvoir me cacher et pleurer à mon aise, il y a si longtemps que je me
contiens et j’en ai si gros sur le cœur que je voudrais pouvoir pleurer jusqu’au
moment où je te reverrais. Oh ! je souffre, mon Victor adoré. Je m’arrête pour ne
pas
blasphémer et pour ne pas te désespérer en te montrant jusqu’où va mon découragement.
Pourvu que tu puisses m’écrire et que je puisse recevoir ta lettre désirée
aujourd’hui ? Je ne sais pas ce que je deviendrai si elle me manque. Écris-moi mon
adoré, pour que j’aie quelque chose de toi à baiser ce soir, pour que je rafraîchisse
mon âme dans tes adorables tendresses. Je t’en prie, je t’en supplie.
Juliette
a « saigné ».
b « seraien ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
sa fille Claire meurt de la tuberculose. Le père biologique, James Pradier, et le père adoptif, l’accompagnent dans ce deuil. Celui-ci libère Hugo du blocage qui l’empêchait de se rendre sur la tombe de Léopoldine, où il se rend pour la première fois depuis trois ans.
- 28 marsCrise nerveuse de Claire.
- 1er-5 juinHugo, à la Chambre des Pairs, participe au procès de Pierre Lecomte, auteur d’un attentat manqué contre le roi. Lecomte sera guillotiné.
- 2 juinJuliette et sa fille s’installent à Auteuil, 56 rue de la Fontaine, dans un appartement que leur loue Pradier. Il refuse de louer un appartement plus confortable pourtant disponible dans le même immeuble.
- 21 juinMort de Claire Pradier.
- 23 juinEnterrement de Claire Pradier au cimetière d’Auteuil.
- Juin-juilletVictor Vilain réalise un buste en terre cuite de Juliette.
- 11 juilletAprès la découverte des dernières volontés de Claire, son corps est exhumé et transféré au cimetière de Saint-Mandé.
- 1er-2 aoûtVictor Hugo et Juliette partent en excursion le samedi toute la journée, et le dimanche matin, et prennent le chemin de fer.
- 25-28 septembreSéjour en Normandie, à Caudebec et Villequier.
