18 mars 1846

« 18 mars 1846 » [source : BnF, Mss, NAF 16362, f. 277-278], transcr. Audrey Vala, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.4792, page consultée le 27 janvier 2026.

Bonjour aimé, bonjour adoré, bonjour Toto, bonjour toi. Comment que vous m’aimez ? Moi je vous adore. ATTRAPÉ ! Je vous écris bien tard parce que depuis ce matin 8 h. je jardine avec Duval. Nous venons de faire un grandissime nettoyagea du susdit. J’ai fait épierrerb et bécherc mon jardin de fond en comble.
Mon adoré bien-aimé, merci de ton apparition, merci de ton sourire, merci de ta douce voix, merci de ton baiser, merci de toute la joie et de tout le bonheur que tu viens de me donner en une minute pour toute la journée. Je vais me dépêcher de faire mes affaires intérieures afin d’être prête et habillée dans le cas où tu aurais la bonne inspiration de revenir tout à l’heure. Tu vois l’emploi que je fais de l’argent que tu me donnes, il est toujours dépensé avant que je ne te le demande, ce qui fait que j’ai l’air d’un puits qu’on ne peut pas combler. Il y a des moments où j’en suis honteuse et où je voudrais vendre mes Zaillons pour ne pas te demander de l’argent. Cependant, mon cher adoré Toto, je te rends la justice de dire qu’il est impossible d’y mettre plus de douceur, plus de dévouement et plus de générosité que tu n’en mets. C’est probablement pour cela que mes scrupules sont plus grands. Si tu étais moins bon avec moi je serais moins gênée, peut-être même ne le serais-je pas du tout. Je t’aime mon Victor. Je t’adore mon Toto.

Juliette


Notes manuscriptologiques

a « nétoyage ».

b « épiérré ».

c « béché ».


« 18 mars 1846 » [source : BnF, Mss, NAF 16362, f. 279-280], transcr. Audrey Vala, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.4792, page consultée le 27 janvier 2026.

Il pleut bien fort, mon pauvre Toto, et il me semble que je t’ai vu en petit soulier ce matin ? Pourvu que tu ne te trouves pas bloqué à l’autre bout de Paris avec cette chaussure aérienne. Tu en es très capable et tu es très capable encore de ne t’en apercevoir que lorsque tu seras mouillé jusqu’aux genoux. Si tu es chez toi bien chaudement au coin de ton feu, restes-y jusqu’à ce que la pluie ait cessé de tomber. Malgré le désir et le besoin que j’ai de te voir, j’aime mieux te savoir à l’abri loin de moi, que de te voir exposer ta santé par le temps qu’il fait. Eh ! bien comment se comporte Cocotte avec ses nouveaux amis ? Est-elle bien aimable ? Mange-t-elle beaucoup et crie-t-elle à tue-tête ? Elle a dû se baigner hier et aujourd’hui ? En général la pluie la porte à se baigner. Il faut avoir soin qu’elle le puisse toujours faire. Ainsi qu’elle ait toujours de l’eau dans son gobelet de bâton et puis une auge en terre pleine d’eau sur le plancher de sa cage. Cette pauvre Cocotte, je la poursuis de ma sollicitude encore, quoiqu’elle m’ait fait bien du mal souvent par ses criailleries. La première fois que je sortirai je lui achèterai moi-même cette auge car il est probable qu’on n’ya penserait jamais chez toi. Je me défie de vous tous sans exception pour tout ce qui est soin. Voime, voime, je ne m’en rapporte qu’à moi dans ces choses-là, modestie à part bien entendu. Baisez-moi mon Toto et ne vous enrhumez pas le derechef si vous pouvez. Pensez à moi et aimez-moi. J’aurai alors le courage d’attendre.

Juliette


Notes manuscriptologiques

a « qu’on y ». 

Cette année-là…
?

Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.

sa fille Claire meurt de la tuberculose. Le père biologique, James Pradier, et le père adoptif, l’accompagnent dans ce deuil. Celui-ci libère Hugo du blocage qui l’empêchait de se rendre sur la tombe de Léopoldine, où il se rend pour la première fois depuis trois ans.

  • 28 marsCrise nerveuse de Claire.
  • 1er-5 juinHugo, à la Chambre des Pairs, participe au procès de Pierre Lecomte, auteur d’un attentat manqué contre le roi. Lecomte sera guillotiné.
  • 2 juinJuliette et sa fille s’installent à Auteuil, 56 rue de la Fontaine, dans un appartement que leur loue Pradier. Il refuse de louer un appartement plus confortable pourtant disponible dans le même immeuble.
  • 21 juinMort de Claire Pradier.
  • 23 juinEnterrement de Claire Pradier au cimetière d’Auteuil.
  • Juin-juilletVictor Vilain réalise un buste en terre cuite de Juliette.
  • 11 juilletAprès la découverte des dernières volontés de Claire, son corps est exhumé et transféré au cimetière de Saint-Mandé.
  • 1er-2 aoûtVictor Hugo et Juliette partent en excursion le samedi toute la journée, et le dimanche matin, et prennent le chemin de fer.
  • 25-28 septembreSéjour en Normandie, à Caudebec et Villequier.