« 1 février 1845 » [source : BnF, Mss, NAF 16358, f. 67-68], transcr. Jeanne Stranart, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.5136, page consultée le 24 janvier 2026.
1er février [1845], samedi matin, 9 h. ½
Bonjour, mon petit bien-aimé, bonjour, mon adoré petit Toto, mon pauvre
petit Toto chéri, bonjour, comment vas-tu, mon cher petit ? Est-ce que
tu as passé la nuit toute entière ? Si cela est, mon pauvre ange, et que
tu ne sois pas malade et que tu aies fini ce que tu voulais faire, je ne
me plains pas trop haut de ne t’avoir pas vu hier au soir. Mais si tu
souffres et si tu n’as pas fini, je jette les hauts cris et je suis
furieuse contre vous. Oh ! non, je ne serai pas furieuse mais je serai
bien malheureuse tandis qu’à présent je ne suis qu’impatiente et
désireuse de te voir.
Je vais aller à ce logement1 sans grande utilité parce que celui qui a
fait la sottise du panneau ne sera pas là pour la réparer. Je vois ces
travaux s’allonger indéfiniment, faute de bonne direction et de
surveillance active. Moi, je suis tout à fait incapable de diriger ce
genre de travail. Je ne suis bonne qu’à empêcher les flâneries, mais voilà tout. Je voudrais que
Jourdain pût venir. Je
tâcherai au besoin de l’envoyer chercher par Suzanne. Elle a encore à aller chez
la Lanvin. Je ne sais pas
pourquoi je me figure que ce petit panneau de bois est perdu. Cela me
contrarie on ne peut pas plus mais cela me ressemblerait beaucoup, car
je n’ai pas de chance. C’est ce soir que vient ma péronnelle2. Je ne veux pas lui montrer l’appartement
qu’il ne soit arrangé. Je veux lui laisser la SURPRISE des tapisseries
et du jardin et de tout. Pour elle, ce sera une surprise. Pour nous, cela aura été une SCIE abominable. Enfin, nous serons bien contents quand nous
en serons sortis et que nous pourrons nous aimer tout à notre aise.
Hélas ! quand ce temps-là viendra-t-il ? En attendant, je t’aime de
toute mon âme.
Juliette
1 Juliette Drouet évoque son nouveau « logement » situé au 12, rue Sainte-Anastase, alors en travaux. Elle y emménage le 10 février 1845.
2 Surnom que Juliette Drouet donne à sa fille, Claire Pradier.
« 1 février 1845 » [source : BnF, Mss, NAF 16358, f. 69-70], transcr. Jeanne Stranart, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.5136, page consultée le 24 janvier 2026.
1er février [1845], samedi soir, 5 h. ½
J’ai vu Jourdain, mon Toto, qui
a été frappé comme toi de la maladresse de son ouvrier. Il est convenu
qu’on réparera cette bévue lundi matin et que ce temps-là ne nous sera
pas compté. On a apporté les tapisseries derrière nous. Je les ai
payées, bien entendu. Je crois que cette fois nous avons encore fait un
meilleur marché que l’autre qui était déjà un bien bon marché. Si on
peut en avoir assez, ce sera charmant. Là est toute la question
maintenant.
Cher adoré bien-aimé, je sens que je te tanne et que je t’impatiente, et j’en suis aux
regrets les plus vifs, car rien ne m’est plus odieux que la pensée de te
déplaire. Mais je suis malheureusement d’une nature tellement en dehors, que je ne peux rien cacher et que je
te laisse voir tout naïvement toutes mes impressions bonnes ou mauvaises
et même absurdes. Je t’en demande pardon, mon pauvre ange, et je te
promets de me corriger, si c’est possible, ce dont je doute très fort,
LA BÊTE étant donnée. Mais enfin la bonne volonté et les efforts doivent
m’être comptés pour quelque chose.
J’attends ma grande fillette
tout à l’heure. Il est bien convenu qu’elle n’ira pas voir l’appartement
et qu’on ne lui parlera pas des belles tapisseries. Je veux qu’elle soit
éblouie la première fois qu’elle entrera dans mon logis. Je ne sais pas
quand, par exemple.
Cher bien-aimé adoré, je vous aime, vous êtes
mon Toto chéri que je voudrais bien baiser autrement qu’à la manière de
Tantale. Jusqu’à présent, l’année 1845 ne nous a guère été favorable.
C’est encore pire que les autres. Oh ! mais je veux mettre ordre à cela,
mon Toto. Ainsi, préparez-vous.
Juliette
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle déménage dans une jolie petite maison avec jardin, et Hugo (moins jaloux car infidèle) relâche la surveillance étroite qu’il exerçait sur elle.
- 10 févrierJuliette déménage du 14 au 12, rue Sainte-Anastase.
- 1er marsHugo vient dîner pour la première fois dans son nouveau logement.
- 25 marsMort de M. Foucher, beau-père de Victor Hugo.
- AvrilVictor Hugo accorde à Juliette le droit de sortir seule.
- 13 avrilHugo nommé Pair de France.
- 2 juilletHugo surpris avec Léonie en flagrant délit d’adultère dans leur chambre du passage Saint-Roch, par M. Biard et la police. Juliette n’en saura rien, malgré le scandale dans les journaux.
- 8-10 septembreEscapade de Hugo, peut-être avec Léonie Biard, près de Montfermeil.
- 26 septembrePèlerinage de Juliette et Victor Hugo aux Metz.
