« 12 septembre 1844 » [source : BnF, Mss, NAF 16356, f. 147-148], transcr. Caroline Lucas, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.5490, page consultée le 02 mai 2026.
12 septembre [1844], jeudi soir, 8 h. ¾
Mon Victor bien aimé, ma pensée, mon âme toute entière, est avec toi. Écoute-la, mon
doux ami, elle te dira que tu es sa joie et sa vie, ce qui est la sainte vérité. Elle
te suppliera de revenir bien vite auprès de ta pauvre Juju si seule et si désœuvrée
quand tu n’es pas auprès d’elle.
Clairette a fait ta commission à moitié, et
pour cause, car elle n’a pu trouver que six paires de gants
à sa main. Elle te les essayera ce soir si tu veux. Du
reste, elle a trouvé son père qui lui a dit qu’il partait lundi prochain pour aller
chercher des marbres et qu’elle aille lui dire adieu dimanche. Eulalie reviendra coucher chez sa sœur samedi et
dimanche après le déjeuner elles iront chez M. Pradier. M. Pradier te prie, si tu connais quelqu’un du conseil des
hôpitaux, d’apostiller la demande qu’il fait du fronton de l’hôtel Dieu donnant sur le parvis de Notre-Dame que M. Pradier offre de faire gratis pour avoir l’honneur de mettre son œuvre aux pieds de ton chef-d’œuvre. Le général
Feuchères appuie chaudement sa demande,
mais M. Pradier est sûr qu’un mot de recommandation de toi vaut mieux que des
in-folios des autres. Je te transmets sa suppliquea, tu en feras ce qui te conviendra. Je finis par me fourrer
dans la pourpre la plus judiciaire avec toutes mes
recommandations. Je te supplie de m’envoyer promener……b avec toi le plus vite et le plus loin possible.
Jour Toto, jour mon cher
petit o. Je voudrais bien être dans mon jardin, mon cher petit o. Il me semble aussi que je t’aurais plus souvent, ce qui me fait désirer
avec plus d’ardeur encore le moment où je serai dans ce bien heureux petit jardin.
Hélas ! nous avons encore quatre grands mois avant de songer sérieusement à nous y
installer. C’est bien long. Pauvre ange adoré, tout ce qui peut me rapprocher de toi
me comble de joie. C’est ce qui me fait désirer ton cher petit buste1 qui,
cette fois, est bien ressemblant, du moins comparéc à l’autre, car je ne le trouve pas encore aussi satisfaisant
qu’il pourrait l’être. C’est que tu as réunis dans ta ravissante petite tête la grâce
d’un enfant, la majesté impériale et le sourire d’un Dieu. Tu es beau d’une beauté
ineffable et sublime qu’un buste, quel qu’ild soit, ne pourra jamais rendre. Je t’adore.
Juliette
1 Buste de Victor Hugo que Juliette finira par acquérir.
a « suplique ».
b Les points courent jusqu’au bout de la ligne.
c « comparer ».
d « quelqu’il ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle s’ennuie, et commence à se plaindre de voir Hugo moins souvent, sans savoir qu’il a entamé une liaison passionnée avec une autre femme.
- Début octobrePetit voyage avec Hugo.
