3 juillet 1855

« 3 juillet 1855 » [source : BNF, MSS, NAF 16376, f. 267-268], transcr. Magali Vaugier, rév. Guy Rosa, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.7139, page consultée le 02 mai 2026.

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J’étais en train de me faire essayer un vieux corset quand tu es venu ce matin, mon cher petit homme, c’est ce qui m’a empêchée de te voir : PAS DE CHANCE. Il faudra que je me fasse tatouer cette devise qui s’adapte si bien avec ma guignonnante personne. En attendant, j’ai perdu l’occasion de te voir sans avoir même la mince compensation d’une économie car le susdit corset ne peut plus servir et il faut de toute nécessité que je m’en fasse faire un ; eh ! par qui, mon Dieu ? Peut-être pourras-tu me le dire car te voilà. Good Préveraud est venu tantôt m’apporter une vingtaine de fraises de son jardin que j’ai grande envie de dédier à la belle Dédé. La difficulté est de les emporter sans les écraser. Nous verrons comment nous résoudrons cela.

Mercredi après-midia

Cher adoré bien-aimé, il s’est écoulé vingt-quatre heures entre le commencement et la fin de cet insipide gribouillage et bien des émotions diverses se sont mêlées dans l’intervalle à mon amour toujours plus tendre et plus dévoué de chacuneb des minutes qui s’ajoutent à ma vie. Je ne sais pas si tu peux me comprendre car ma plume bégaie toutes les douces pensées de mon âme. C’est ce qui me retient très souvent de t’écrire tant je suis honteuse de mon infirmité d’esprit. Autrefois je n’avais besoin que de baisers pour ponctuation, aussi cela allait tout seul et je trouvais moyen de produire quotidiennement [illis.] grandes restitus de tendresses très serrées à la seule force de mon amour. Mais maintenant, je t’aime plus que jamais mais si stérilement que j’en ai honte pour toi et pour moi.

Juliette


Notes manuscriptologiques

a Ces mots sont écrits sur la même feuille que la lettre du 3 juillet.

b « chaquune ».

Cette année-là…
?

Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.

elle suit Hugo, expulsé de Jersey, à Guernesey.

  • 8 févrierMort d’Abel Hugo (né en 1798).
  • 20 juinFête en l’honneur de Hugo dans son jardin.
    Après la crise de démence de Jules Allix dans la nuit du 10 au 11 octobre, on met fin aux séances de tables parlantes.
  • 17 octobreHugo fait partie des signataires, dans le journal L’Homme, d’une déclaration s’opposant à l’expulsion de trois journalistes.
  • 31 octobreHugo, François-Victor et Juliette quittent Jersey pour Guernesey. Hugo et son fils vont à l’Hôtel de l’Europe. Juliette va au Crown Hotel, puis en location.
  • 9 novembreHugo et les siens s’installent au 20, Hauteville.
  • 14 décembreJuliette vient d’emménager au 8 rue du Havelet, chez Miss Le Boutillier.