« 7 février 1848 » [source : BnF, Mss, NAF 16366, f. 47-48], transcr. Anne Kieffer, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.4562, page consultée le 01 mai 2026.
7 février [1848], lundi matin, 9 h. ½
Bonjour, mon doux adoré, bonjour, mon pauvre sublime piocheur, bonjour, mon amour
triste, bonjour, je t’aime. Hélas ! Cela ne suffit pas pour t’épargner les ennuis
et
les chagrins de cette vie, je ne le vois que trop car tu es aussi tourmenté que le
serait le premier épicier venu, ce qui est la plus grosse et la plus flagrante des
injustices. Un homme comme toi ne devrait avoir que les joies, la gloire et le bonheur
de cette vie. Si cela dépendait de moi, je t’assure que tu serais le plus heureux
des
hommes comme tu en es le plus beau, le plus grand, le plus noble, le plus doux et
le
plus adoré.
Je commence ma journée par ce rabâchagea inutile mais plein de tendresse et
d’amour. Je te promets s’il ne pleut pas de sortir tantôt et tous les jours, autant
du
moins que je le pourrai et que le temps le permettra. Tu penses que je veux mettre
à
profit les conseils du médecin et vivre le plus longtemps que je pourrai pour te faire
enrager et pour t’empêcher de faire des prouesses avec les Boisgontier, les Bourel et autres Théophiline.
C’est une idée que j’ai comme cela et pour la mettre à exécution il faut que je
conserve mes précieux jours jusque dans les temps les plus reculés. Voilà ce que vous
gagnerez à cela. Qu’en dites-vous ? Heu !.......bVoime, voime, je comprends : vous aimeriez mieux
plus de rhumatisme et moins de jalousie. On ne peut pas tout avoir comme vous savez
et
j’optec pour la dernière chose.
Maintenant baisez-moi, reposez-vous et ne soyez pas triste. Ô non, ne sois pas triste
mon amour, tout cela ne sera rien tu verras. Et puis je t’aime tant. Tu es si bien
tout mon bonheur que je ne peux pas supporter la pensée que tu es triste.
Juliette
a « rabachage ».
b Les points de suspension courent jusqu’au bout de la ligne.
c « obte ».
« 7 février 1848 » [source : BnF, Mss, NAF 16366, f. 49-50], transcr. Anne Kieffer, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.4562, page consultée le 01 mai 2026.
7 février [1848], lundi, midi ½
Je me dispose à sortir tout à l’heure, mon petit homme, et je me propose de passer devant votre maison au risque de rencontrer vos bonnes fortunes entrant et sortant de chez vous. Je serai revenue chez moi de deux à trois heures selon l’heure à laquelle je sortirai et le temps qu’il fera car dans ce moment-ci même il pleut. En attendant je fais mes affaires et je te gribouille des tas de platitudes insipides dont tu te passerais bien mais qui sont nécessaires à mon bonheur et je suis trop égoïste pour te faire grâce d’une seule. On n’est pas plus généreuse que cette Juju-là. Voilà comme je suis, ça ne vous regarde pas. Rendez-moi MA chaîne et je vous dirai s’il a crié quand il m’a mordu1, sans cela vous ne le saureza pas. Jour Toto, jour mon cher petit o, porte-moi. C’est tonique. Ce qui ne l’est pas beaucoup, c’est l’affreuse eau bourbeuse que je bois. Il serait bientôt temps de me faire boire de l’eau plus claire et de changer en histoire ce conte de la Fontaine. Je suis sûre qu’on pourrait pêcher…. à la ligne dans mon estomac des fritures de goujons et des matelotesb de carpes grâce à mon régime d’eau poissonneusec ou poissonnièred, cela m’est égal. Ce qui ne me l’est pas, c’est que vous ne m’aimez pas autant que je le voudrais.
Juliette
1 Citation fréquente sous la plume de Juliette Drouet, à élucider, comme le « c’est tonique » qui suit.
a « vous ne le saurai ».
b « matellottes ».
c « poisonneuse ».
d « poisonnière ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
Hugo est élu à l’Assemblée Constituante ; d’abord effrayée par la Révolution, elle porte secours à des victimes de la répression, et déménage cité Rodier.
- FévrierRévolution de Février : Hugo soutient d’abord la cause d’une régence ; refuse la mairie, et le poste de ministre de l’Instruction Publique proposé par Lamartine.
- 4 juinHugo est élu au scrutin complémentaire à l’Assemblée Constituante.
- 24 juinHugo fait partie des 60 commissaires nommés par la Constituante pour rétablir l’ordre.
- 1er juilletLa famille Hugo quitte la place des Vosges pour la rue de l’Isly.
- 11 septembreDiscours de Hugo pour la liberté de la presse.
- 15 septembreDiscours de Hugo contre la peine de mort.
- 15 octobreLa famille Hugo quitte la rue de l’Isly pour la rue de la Tour d’Auvergne.
- NovembreElle s’installe cité Rodier.
- 27 décembreMort de sa nièce Marie-Louise Koch.
