« 15 janvier 1843 » [source : BnF, Mss, NAF 16351, f. 47-48], transcr. Olivia Paploray, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.152, page consultée le 24 janvier 2026.
15 janvier [1843], dimanche matin, 11 h. ¾
Bonjour mon cher bien-aimé, bonjour mon adoré petit homme. Comment vas-tu ce matin ?
J’espère qu’il ne t’est rien arrivé cette nuit mon Toto bien-aimé ? Ce vent affreux
m’a tenue éveillée toute la nuit, ou du moins bien avant dans la nuit. Voilà deux
nuits qu’il me rend bien malheureuse, ce maudit vent, par la peur qu’il me fait. Si
vous étiez bien gentil vous viendriez me garder par des temps pareils et alors je
serais bien tranquille et bien heureuse au lieu d’être bien tourmentée et bien
malheureuse.
Est-ce que tu auras encore ta demoiselle aujourd’hui ? Voici qui
m’effraie encore plus que le vent. La présence de la mère et de son cabas ne me rassure pas du tout et je commence à regretter
sérieusement la permission d’ [essayer ?] que je vous ai
donnée dans un moment de générosité imprudente. Ce serait cependant bien horrible
si
vous abusiez de ma confiance et de mon dévouement dans cette circonstance, et vous
seriez un monstre et un affreux scélérat que rien ne sauverait de mes griffes et de
mon grand couteau. Convenez que j’aurais raison, ou plutôt, dites-moi que vous êtes
incapable d’une aussi odieuse trahison, dites-moi que vous m’aimez et je le croirai
de
toute mon âme parce que je vous aime et que rien ne donne plus de défiance et de
confiance à la fois.
Pense à moi, mon ange adoré, sois-moi bien fidèle et
aime-moi. De mon côté, je pense à toi avec admiration et avec adoration, je n’ai pas
une pensée qui ne soit pour te désirer et pour te bénir. Je t’aime, je t’aime, je
t’aime.
Juliette
« 15 janvier 1843 » [source : BnF, Mss, NAF 16351, f. 49-50], transcr. Olivia Paploray, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.152, page consultée le 24 janvier 2026.
15 janvier [1843], dimanche soir, 11 h. ½
Je vais te voir, n’est-ce pas mon amour ? Je ne veux pas ne pas l’espérer. Pendant
que j’espère, je suis moins seule et moins triste. Te voir, c’est ma vie, ma joie,
mon
bonheur, mon tout. N’est-ce pas que tu vas venir mon adoré ?
MmePierceau s’est en allée à 10 h. avec MmeFranque qui était venue passer la soirée
avec nous. Mais tout cela, mon pauvre ange, ce n’est pas toi, ce n’est pas le bonheur,
c’est moins que rien. J’aime mieux être seule tout à fait même pour penser à toi à
mon
aise. Ce qu’il me faut c’est toi. Tout le reste m’est importun.
J’ai eu et j’ai
encore un mal de tête excessif. Je suis très mal à mon aise. Ce soir peut-être me
trouveras-tu couchée quand tu viendras, car il faut que tu viennes, ne fût-cea qu’une minute, mais ne t’en effraie pas,
ce ne sera rien qu’une migraine ordinaire.
J’ai regardé l’époque de l’assurance, c’est le 22 janvier et
jusqu’à présent tu as toujours payé à jour fixe. Il te reste encore le bénéfice de
ton
treizième mois dont tu n’as pas encore usé. Quant à moi
j’ai laissé passerb l’époque d’un
renouvellement 6 janvier capital 48
francs. Ce sont des mouchoirs et des chemises. J’enverrai demain la
reconnaissance chez Lanvin car il serait
fâcheux de perdre cela puisqu’on a tant fait jusqu’à présent.
Mon cher adoré, si
tu ne viens pas ce soir je ne sais pas ce que je deviendrai tout le reste de la nuit
et tout le jour de demain. Je te conjure mon cher petit homme de ne pas passer ce
soir
sans venir m’embrasser. Si tu ne viens pas malgré mes prières, je ne t’en voudrai
pas
mais je serai bien triste et bien malheureuse.
Juliette
a « fusse ».
b « passé ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
les répétitions et la création des Burgraves à la Comédie-Française sont compliquées par un procès et une cabale. Au retour de leur voyage en Espagne et dans les Pyrénées, ils apprennent la mort par noyade de Léopoldine, fille aînée de Hugo.
- Janvier-févrierRépétitions des Burgraves. Le rôle de Guanhumara ayant été retiré à Mlle Maxime, on cherche à la remplacer. Après Mlle Fitz-James, c’est Mme Mélingue qui est finalement choisie.
- 14 et 15 févrierMariage de Léopoldine Hugo et Charles Vacquerie.
- 7 marsPremière des Burgraves à la Comédie-Française.
- PrintempsHugo fait la connaissance au printemps de la femme de lettres Léonie d’Aunet, épouse Biard, et débute avec elle une liaison au printemps, ou à l’automne, ou en mai 1844, qui ne sera révélée à Juliette Drouet qu’en 1851.
- 18 juillet-12 septembreVoyage en Espagne et dans les Pyrénées, interrompu par la nouvelle de la mort de Léopoldine Hugo, noyée dans la Seine, à Caudebec, près de Villequier, avec son mari Charles Vacquerie, le 4 septembre. Hugo l’apprend le 9, en lisant le journal, à Rochefort. Léopoldine a été enterrée le 6 septembre, à Villequier. Retour précipité à Paris.
