12 août 1842

« 12 août 1842 » [source : BnF, Mss, NAF 16350, f. 45-46], transcr. Laurie Mézeret, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.12165, page consultée le 24 janvier 2026.

Bonjour mon Toto bien aimé. Bonjour mon adoré petit homme, comment vas-tu ce matin, es-tu moins inquiet sur ton cher petit enfant1 ? Me voilà obligée d’attendre jusqu’à tantôt, bien tard, pour savoir ce qui m’intéresse tant. Avoue que c’est une triste position que la mienne t’aimant comme je t’aime, de ne pas savoir minute par minute ce que tu fais, comment tu vas et si tu m’aimes. Dans les moments comme ceux-ci c’est doublement pénible. Tâche au moins, mon adoré, de te soigner2 et de prendre avec suite ce nouveau remède que t’a donné M. Louis. Il me semble que tu aurais dû le prendre dès hier. Tâche aussi de ne pas trop t’inquiéter sur ton pauvre petit garçon qui n’est peut être pas aussi malade que tu le crois. Enfin mon bien-aimé, s’il te reste un peu de temps et de place tâche de m’aimer et de me le prouver en venant moins tard qu’à l’ordinaire. J’espère que Charlot se sera bien amusé hier. Je serai bien contente si le bon petit garçon malade va mieux aujourd’hui, ce pauvre petit bien-aimé. Je ne doute pas de la reconnaissance de et la joie que j’en aurais s’il pouvait se guérir tout de suite, dussé-je continuer à moi toute seule et toute la vie la fameuse subvention des pots chinois et des assiettes de Sèvres. Le pauvre petit, je crois qu’il ne demanderait pas mieux. Le bon Dieu devrait bien nous accorder ce que nous désirons tous si ardemment, la guérison de ce pauvre petit ange bien aimé.

Juliette


Notes

1 François-Victor Hugo se remet d’une grave maladie pulmonaire.

2 Victor Hugo souffre de goutte.


« 12 août 1842 » [source : BnF, Mss, NAF 16350, f. 47-48], transcr. Laurie Mézeret, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.12165, page consultée le 24 janvier 2026.

Je me dépêche de vous écrire, mon cher amour, parce que je veux finir vos mouchoirs avant que la bonne ait fait son savonnage. Je voudrais bien, mon Toto, que vous mettiez le même empressement à venir me donner de vos nouvelles. Malheureusement vous n’êtes jamais pressé pour cela ! Ceci est une pierre dans votre jardin. Jeté fort ADROITEMENT. Ia, Ia, monsire, matame, il est son sarme. Je vous ai fait changer votre odontine1 pour de l’élixir. C’était la troisième fois qu’on y retournait pour la même chose. J’espère que ce sera la dernière. J’ai payé le coiffeur et Lafabrègue2. Il ne me reste plus de tout l’argent que tu m’as donné que les vingt francs du Didine. Demain ça sera l’ouvrière, enfin ça n’en finit pas. Je t’assure pourtant, mon cher bien-aimé, que je ne fais pas de folle dépense mais l’argent que tu me donnes est presque toujours dépensé à l’avance, c’est ce qui fait que je suis toujours à pleurer misère. Je voudrais pourtant bien ne pas te tourmenter. Je ne sais plus alors comment faire. Je voudrais être riche ou du moins pouvoir suffire à tous mes besoins. Je n’aurais pas le tourment de t’être à charge et la honte d’être inutile dans ce monde. Quand je pense à cela je suis tentée de m’enfuir à l’autre bout du monde. Mon Toto adoré, tu ne sauras jamais combien je t’aime.

Juliette


Notes

1 Odontine : « Opiat utilisé pour l’entretien des dents » (Grand Dictionnaire universel de Pierre Larouss).

2 Juliette paye normalement ses créancier le 10 de chaque mois

Cette année-là…
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Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.

son père adoptif, l’oncle René-Henry Drouet, meurt hospitalisé aux Invalides.>.

  • 12 et 28 janvierLe Rhin.
  • Août-octobreVillégiature à Saint-Prix.
  • 23 novembreMort de René-Henry Drouet, l’oncle de Juliette, hospitalisé aux Invalides.