« 3 avril 1844 » [source : BnF, Mss, NAF 16355, f. 9-10], transcr. Mylène Attisme, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.11657, page consultée le 26 janvier 2026.
3 avril [1844], mercredi matin, 9 h.
Bonjour, mon petit Toto bien aimé, bonjour mon
ravissant petit Toto, je t’aime. Je n’oublie pas que tu m’as promis une culotte printanière pour très prochainement. Je te
le rappelleraia plus d’une fois
encore d’ici à ce que tu me la donnes, mais je ne me lasserai pas.
Il fait bien
beau aujourd’hui ; si tu avais pu me faire sortir, cela m’aurait fait du bien. Dans
tous les cas, tu en profiteras, toi, de ce beau soleil, c’est ce qui me console.
Seulement, si j’étais sûre que tu ne puisses pas [me] [mener ?] voir cette pauvre Mme Pierceau aujourd’hui, j’enverrais savoir de ses
nouvelles tantôt. Non pas qu’il y ait aucun espoir de salut pour cette pauvre
malheureuse, mais c’est un devoir de s’en occuper tant qu’elle donnera un signe de
vie.
Mon Victor bien aimé, je t’aime. Je voudrais que tu puissesb voir mon cœur pour savoir combien c’est
vrai. Je pense à toi avec ravissement, même dans les moments les plus tristes de ma
vie, ceux où je ne te vois pas. Depuis plus de onze ans, je n’ai pas eu un seul
moment, je ne dirais pas de refroidissement, mais qui ne soit pas de recrudescence.
Je
ne sais pas bien t’expliquer cela, mais tu le comprendras tout de même. Je ne t’ai
jamais aimé moins, mais toujours plus. Je te désire, je t’espère, je baise tes ravissantes petites mains, je
t’adore.
Juliette
a « rappelerai ».
b « puisse ».
« 3 avril 1844 » [source : BnF, Mss, NAF 16355, f. 11-12], transcr. Mylène Attisme, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.11657, page consultée le 26 janvier 2026.
3 avril [1844], mercredi soir, 8 h. ½
Tu es vraiment bien bon, mon adoré, d’être venu me voir ce soir. Tu m’as fait bien
plaisir et tu m’as donné bien du bonheur, quoique je t’aie à peine vu. Pauvre ange
adoré, merci, merci, sois béni, sois heureux. Je prie le bon Dieu pour toi et je
t’aime. Je crois que je vais avoir le courage de faire mes comptes ce soir. Cependant,
je n’en réponds pas parce que l’horreur des gribouillis et des chiffres l’emportera
peut-être sur mon héroïque intention.
Je voudrais que quelque bonne fée
Carabossea fît cette hideuse
besogne tous les mois sans que je sois forcée de m’en occuper. Quel bonheur !!!!!b Hélas, je vois bien que je serai réduite à faire ma féerie moi-même,
ce qui ne me régale pas du tout.
Je viens encore de tirer du fond de mon sac à
bougies quelques vieux petits débris, les seuls que j’aie maintenant. Je ne peux pas
dire qu’il n’y a pas mèche, mais je dis qu’il n’y a pas plus
que cela et que tu te brûleras les doigts ce soir pour t’en aller. Ça n’est pas ma
faute, tant pis pour vous ; pourquoi ne rapportez-vous pas vos bouts de bougies ?
Taisez-vous, vilain monstre, vous dîtes toujours la même chose : vous n’aurez qu’un
liard. À propos, je viens d’écrire à Dabat.
Je l’attends cette semaine de midi à une heure. Et puis je vous adore, vous.
Juliette
a « Carabos ».
b Cinq points d’exclamation courent jusqu’au bout de la ligne.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle s’ennuie, et commence à se plaindre de voir Hugo moins souvent, sans savoir qu’il a entamé une liaison passionnée avec une autre femme.
- Début octobrePetit voyage avec Hugo.
