« 7 novembre 1843 » [source : BnF, Mss, NAF 16353, f. 23-24], transcr. Olivia Paploray, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.11529, page consultée le 24 janvier 2026.
7 novembre [1843], mardi matin, 10 h. ¼
Bonjour, mon petit Toto bien-aimé, bonjour mon cher petit, bonjour, je t’aime.
Comment vas-tu, comment va ton petit Toto, ce matin ? J’ai rêvé de vous deux cette
nuit mes chers petits bonshommes. J’espère que vous vous portez bien tous les deux.
Voilà un temps qui doit faire redoubler de précautions. Toi, surtout, mon adoré, tu
devrais ne pas sortir avec tes vieilles bottes.
J’ai fini le gribouillis de notre
voyage. Quand tu voudras je commencerai les manuscrits. Seulement je crains que le
Lanvin ne nous fassea attendre longtemps après les outils
nécessaires. Ainsi, mon peigne, je ne l’aurai que demain parce qu’on n’irab le chercher qu’aujourd’hui à ce qu’il
paraît. Augustine, sans autre explication à Suzanne, lui a dit qu’on n’auraitc la chose que demain, et en vérité on pouvait très bien l’avoir
hier. Après ça ces pauvres gens ont leurs affaires et je ne leur en veux pas.
Seulement, je dis que nous attendons longtemps après eux voilà tout. Demain matin
j’enverrai au bois.
Dites donc scélérat, vous m’avez fait une fameuse entaille à
mon meuble. La marque du clou de la cheminée y est toute entière ; je vous prie une
autre fois de ne pas l’ouvrir sous aucun prétexte. Je saurai bien vous donner moi-même
vos livres sans casser mes meubles. Taisez-vous scélérat, vous l’avez fait par
jalousie j’en suis sûre. Si je vous tenais dans ce moment-ci je vous donnerai une
fameuse danse pour vous apprendre à me détériorer mon mobilier comme ça. Il faudra
que
vous m’indemnisiez des dégâts que vous m’avez faitsd. Voime, voime, je ne
plaisante pas.
En attendant, ne faites pas de bêtises avec vos bottes percées
pour que je sois encore forcée de vous plaindre si vous attrapeze un rhume. Ayez soin de vous et venez bien vite me donner de vos nouvelles et
de celles de mon cher petit garçon. Baisez-moi pour votre punition et aimez-moi pour
votre supplicef.
Juliette
a « fassent ».
b « on ira ».
c « on aurait ».
d « fait ».
e « attrappez ».
f « suplice ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
les répétitions et la création des Burgraves à la Comédie-Française sont compliquées par un procès et une cabale. Au retour de leur voyage en Espagne et dans les Pyrénées, ils apprennent la mort par noyade de Léopoldine, fille aînée de Hugo.
- Janvier-févrierRépétitions des Burgraves. Le rôle de Guanhumara ayant été retiré à Mlle Maxime, on cherche à la remplacer. Après Mlle Fitz-James, c’est Mme Mélingue qui est finalement choisie.
- 14 et 15 févrierMariage de Léopoldine Hugo et Charles Vacquerie.
- 7 marsPremière des Burgraves à la Comédie-Française.
- PrintempsHugo fait la connaissance au printemps de la femme de lettres Léonie d’Aunet, épouse Biard, et débute avec elle une liaison au printemps, ou à l’automne, ou en mai 1844, qui ne sera révélée à Juliette Drouet qu’en 1851.
- 18 juillet-12 septembreVoyage en Espagne et dans les Pyrénées, interrompu par la nouvelle de la mort de Léopoldine Hugo, noyée dans la Seine, à Caudebec, près de Villequier, avec son mari Charles Vacquerie, le 4 septembre. Hugo l’apprend le 9, en lisant le journal, à Rochefort. Léopoldine a été enterrée le 6 septembre, à Villequier. Retour précipité à Paris.
