« 23 février 1847 » [source : BnF, Mss, NAF 16365, f. 49-50], transcr. Gwenaëlle Sifferlen, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.1935, page consultée le 01 mai 2026.
23 février [1847], mardi matin, 9 h. ¼
Bonjour mon Toto, bonjour mon vrai petit
homme, bonjour vous, bonjour toi, je t’aime. Je n’ai pas dormi de la nuit mais je
ne
m’en plains pas, au contraire, puisque j’ai pu penser à mon bonheur plus longtemps.
Mais toi, mon pauvre piocheur, qu’as-tu fait après m’avoir quittée ? Est-ce que tu
ne
t’es pas couché tout de suite ? Tu l’avais cependant bien mérité. Si tu m’en avais
crue, et si j’avais été la maîtresse, je t’aurais gardé auprès de moi tout le reste
de
la nuit. Je t’aurais bien dorlotéa
jusqu’à ce matin et j’aurais ajouté à mon bonheur d’amour le bonheur de te voir
reposer tranquillement et sans être interrompu, si ce n’est par mes baisers.
Malheureusement, cela n’est guère possible maintenant avec tous les chiens que tu
as à
fouetter, à droite et à gauche, matin et soir et toutes les nuits, ce dont j’enrage
de
bon cœur.
M. Vilain est venub avec Eugénie chercher ta lettre. Je n’ai pas pu lui dire ce dont j’étais
convenue de dire à Eugénie seulement. Ce sera pour la première fois que je serai seule
avec elle. J’ai pris rendez-vous pour aller jeudi chez son dentiste qu’elle dit être
très bon et très habile. J’ai besoin de me faire arracher une grosse dent dont je
souffre et qui menace de gâter toutes les autres. Il y a urgence à faire faire cette
extraction tout de suite et j’irai jeudi de 2 h. à 3 h., ce qui ne m’empêchera pas
d’aller au-devant de toi à l’Académie. Je ne sais pas si tu as séance à la Chambre
aujourd’hui mais ce que je sais, c’est qu’il fait soleil dans le ciel et dans mon
cœur
et que je voudrais bien en profiter en allant te chercher n’importe où. Je voudrais
te
montrer ma joie, je voudrais t’imprégner de mon bonheur, pour cela j’ai besoin de
te
voir. Cependant je n’ose pas l’espérer. J’attends que tu viennes et je te désire de
toutes mes forces.
Juliette
a « dorlotté ».
b « venue ».
« 23 février 1847 » [source : BnF, Mss, NAF 16365, f. 51-52], transcr. Gwenaëlle Sifferlen, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.1935, page consultée le 01 mai 2026.
23 février [1847], mardi après-midi, 4 h. ¼
J’aurais été bien heureuse, mon Victor bien-aimé, si j’avais pu sortir tout à l’heure
avec toi. Cependant, si tu reviens tout de suite, je regretterai moins ma sortie
manquée et je serai très contente de rester auprès de toi pendant que tu travailleras
chez moi.
Cette bonne Mme Tissard
s’est traînée jusque chez moi aujourd’hui. Je ne l’avais pas vue depuis six mois.
Je
lui ai dit que j’aurais quelques conseils à demander à M. Démousseaua, mais que j’attendrais que les
jours soient plus longs.
Te voilà mon adoré, quel bonheur !
5 h. ¾
Je vous soupçonne fort, vieux chinois, de frairie et de
ripaille. Vous ne m’aviez pas l’air très catholique avec vos deux pelures et j’ai le pressentiment que vous me trahissez comme un vrai scélérat
que vous êtes. Si je vous fais injure, si je me trompe, si vous êtes un bon petit
saint bien honnête et bien sage, je vous en demande de mille
pardons et je baise la sacrée poussière de vos sacrés souliers. Si, comme je n’en
ai
que trop peur, vous êtes un monstre, j’apprête mes griffes et mes poingsb et je vous dis que vous ne périrez que de ma main.
En attendant je souffre un petit
peu et je vous aime énormément. Tâchez de ne pas venir trop tard ce soir si vous tenez
à ce que votre pauvre vieille Juju conserve sa bonne humeur et sa sérénité.
a « Démousseaux ».
b « poigns ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle écrit ses mémoires de couvent pour documenter l’épisode du Petit-Picpus dans Les Misérables.
- 23 janvierPremière de la reprise de Lucrèce Borgia à la Porte-Saint-Martin.
- 21 juinElle assiste avec Hugo à la messe à Saint-Mandé, pour le premier anniversaire de la mort de Claire.
- Août-septembreLiaison de Hugo avec Alice Ozy, qui est aussi la maîtresse de son fils Charles.
- 4 septembreLe corps de Claire Pradier est exhumé une seconde fois pour être placé dans un caveau au cimetière de Saint-Mandé.
- 7-9 septembreÀ la demande de Hugo qui s’en servira pour Les Misérables, Juliette écrit ses mémoires de couvent.
- 30 septembre-7 octobreVoyage en Normandie.
