« 19 novembre 1839 » [source : BnF, Mss, NAF 16340, f. 67-68], transcr. Madeleine Liszewski, rév. Jean-Marc Hovasse, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.10337, page consultée le 06 mai 2026.
19 novembre [1839], mardi, midi ½
Bonjour, mon petit bien-aimé chéri, bonjour mon petit homme. Comment vas-tu, mon
Toto ? Comment va ton bobo ? Je t’aime, je te désire, je t’adore, je suis bien
heureuse, mon adoré. Je t’ai donné toute ma vie sans restriction. Je t’ai donné plus
que je ne possédais, le présent et l’avenir dans l’espoir de
te rendre heureux par cette preuve de confiance et d’amour, mais cependant je ne veux
pas que dans aucun cas ce soit autre chose pour toi et pour moi qu’un mariage d’amour que l’indifférence et le refroidissement
rompît sans laisser après lui aucune obligation, aucun devoir, aucun fardeau. Tout
avec l’amour, rien sans l’amour. Aussi, mon adoré, je suis tranquille et heureuse
car
je sens que ce n’est pas moi qui manquerai jamais à notre accord mutuel. Le Bon Dieu
lui-même n’en ferait pas de plus sincèrea et de plus sacréb. Pauvre petit homme bien-aimé, pourquoi n’es-tu pas venu ce
matin ? Tu te serais reposé, je t’aurais dorlotéc et caressé et adoré. C’est maintenant surtout qu’il faut
prendre soin de ta chère petite santé, mon pauvre adoré, maintenant que tu as tant
de
choses à faire et tant d’amour à recueillird. Il faut que tu sois un cher petit homme bien portant et
bien heureux si tu ne veux pas que je sois au désespoir d’avoir accepté ton généreux
dévouement.
Manière est venu à minuit, à ce que dit la
portière (qui a eu très peur et l’a pris pour un voleur), apportere un papier gris pareil à l’autre
contenant l’article sur le sieur [Turba ? Turla ?]. Tu verras ce que
c’est et ce qu’on peut en faire. C’est ce matin seulement qu’elle a remis le papier
à
la bonne. Je t’aime, mon Toto. Je t’adore, mon petit mari. Je t’aime, mon cher bijou.
Je t’aime. Je t’aime. Je t’aime.
Juliette
a « sincères ».
b « sacrés ».
c « dorlotté ».
d « receuillir ».
e « apporté ».
« 19 novembre 1839 » [source : BnF, Mss, NAF 16340, f. 69-70], transcr. Madeleine Liszewski, rév. Jean-Marc Hovasse, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.10337, page consultée le 06 mai 2026.
19 novembre [1839], mardi soir, 6 h. ¼
Toute une journée sans te voir, mon adoré, que devient la lune de miel pendant ce temps-là ? Que devient le bonheur ? Que devient la pauvre Juju ? Je suis triste, mon bon petit homme, je suis impatiente, je suis malheureuse. La bonne continue à être malade dans ce moment-ci. Je lui fais prendre un bain de pieds, j’espère que ce ne sera rien. Jourdain a envoyé les panaches par son ouvrière en faisant promettre qu’il les enverra poser demain à 1 h. après-midi. J’ai choisia cette heure-là pour ne pas te gêner dans le cas où tu aurais la bonne pensée de venir déjeuner avec moi. Du reste, je n’ai vu personne, aucune nouvelle de personne. Je suis seule seule. Mon blanchisseur est venu ce soir au lieu d’être [venu ?] hier mais en hiver ces retards-là sont fréquentsb et motivés. Je voudrais bien te voir, mon Toto. Il me semble que j’ai une foule de chosesc à t’apprendre que tu ne sais pas comme si tu ignorais que je t’aime, que je t’admire et que je t’adore. Je te vois si peu qu’il me semble que tout au moins tu as pu l’oublier, et je suis triste et je suis impatiente et je souffre. Je t’aime trop pour être calme et résignée. J’entrevois dans la nouvelle vie que nous voulons embrasser tant de fatigue, tant de tourment pour toi, que j’en suis effrayée. Penses-y encore, mon adoré, et vois s’il ne serait pas plus prudent et plus heureux pour nous deux de diviser le fardeau entre nous deux et de travailler chacun pour nous. Je t’aime, vois-tu, mon Toto, et auparavant tout il faut que je te voie, que je te caresse, que je te possède et que je t’adore.
Juliette
a « choisie ».
b « fréquens ».
c « chose ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle renonce définitivement à son métier et Hugo s’engage, par un mariage symbolique, à l’entretenir et ne jamais l’abandonner.
- 1er févrierLouise Beaudoin, malade, ne peut jouer dans Ruy Blas. Juliette Drouet refuse de reprendre son rôle.
- ÉtéLéopoldine s’éprend de Charles Vacquerie.
- 31 août-26 octobreVoyage en Alsace, Rhénanie, Suisse et Provence.
- Nuit du 17 au 18 novembre« Mariage » symbolique de Juliette Drouet et Victor Hugo, par lequel elle renonce à sa carrière d’actrice et reçoit l’assurance qu’il ne l’abandonnera jamais, et s’occupera de Claire.
