« 3 novembre 1842 » [source : BnF, Mss, NAF 16350, f. 189-190], transcr. Laurie Mézeret, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.11441, page consultée le 24 janvier 2026.
3 novembre [1842], jeudi matin, 8 h. ¼
Bonjour mon cher petit bien-aimé. Bonjour mon Toto chéri, comment vas-tu ? Comment
vont tes yeux, mon bien-aimé ? Je pense à toi sans cesse, je rêve de toi quand je
dors, je t’aime toujours.
La mère Lanvin vient de venir chercher ma fille, elle reviendra tout à l’heure
déjeuner avec moi et me rendra compte au juste de la visite chez M. Pradier. Il fait un temps ravissant à ce qu’il me
semble de mon lit et d’après le soleil qui donne dans mes croisées. Tant mieux pour
toi et pour le cher petit garçon1. Je voudrais pour vous deux qu’il
fît toujours beau. Je vous aime tant, mes chers petits amis, que je voudrais pouvoir
vous donner tout le soleil et tout le bonheur du monde.
C’était bien beau ce que
vous m’avez dicté lundi et hier, c’est dommage que vous m’en dictiez si peu à la fois.
Vous êtes un vieux avare. Taisez-vous. Cette pauvre Clarinette aurait bien voulu entendre les BURGRAVES2. J’ai fait tout ce que j’ai pu dans
mon intérêt et dans le sien mais j’ai peu réussi. Je referai encore de nouveaux
efforts parce que je ne me rebute pas facilement, comme vous savez et que j’ai une
envie atroce de connaître à fond tous mes BURGRAVES. Cependant, mon pauvre ange, si
tu
as toujours mal aux yeux, je ne te tourmenterai pas, bien au contraire, j’aurai le
courage de ne te rien dire et d’attendre que tu n’en souffres plus. Avant mon plaisir,
avant mon bonheur, ta santé, ta chère santé, mon adoré. Il me semble que c’est
aujourd’hui jour d’Académie ? Vous irez sans doute, mon Toto ? Tâchez de passer chez
moi en allant à cette boutique. J’ai hâte de vous voir. J’ai faim et soif de vos
baisers. Dépêchez-vous de m’en apporter tout plein votre cœur et par dessus les bords.
Vous savez que j’aime les bonnes mesures et que le BAIN de
pied ne me fait pas peur. Ainsi dépêchez-vous. Je ne sais pas si le Jourdain enverra poser mes tapis aujourd’hui, ainsi
que nous en étions convenu l’autre jour en convenant qu’il enverrait lundi prendre
mes
rideaux, ce qu’il n’a pas fait. Nous verrons bien. En attendant, je vous aime.
Juliette
1 François-Victor Hugo a souffert les mois précédents d’une grave maladie pulmonaire.
2 Victor Hugo a fini de rédiger la version définitive des Burgraves le 19 octobre 1842 et les a lus à Juliette.
« 3 novembre 1842 » [source : BnF, Mss, NAF 16350, f. 191-192], transcr. Laurie Mézeret, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.11441, page consultée le 24 janvier 2026.
3 novembre [1842], jeudi après-midi, 2 h. ½
Je suis dans les tapisseries jusqu’au cou, mon adoré, d’autant plus bouleversée que
le Jourdain n’ayant pas envoyé lundi comme
il l’avait indiqué pour prendre les rideaux, je pensais qu’il n’enverrait pas non
plus
aujourd’hui pour poser le tapis. Je dis le tapis parce qu’en
effet il n’y en a qu’un, celui de la salle à manger étant encore chez le batteur. Quant au morceau que tu as vu, il paraît presque
certain qu’on pourra l’utiliser pour mon cabinet et à peu de
frais, ce qui est très essentiel pour le moment. De cette façon, je n’aurai pas
aussi froid aux pieds. Comme il était impossible à la Suzanne de rien faire tout le temps qu’on pose le tapis, je l’ai
envoyéea chez la mère Pierceau avec le gilet et la chemise et une petite
lettre pour l’avertir que l’essayage sans la manche et sans elle était tout à fait illusoire et que dans le cas où
elle n’aurait plus besoin du gilet modèle, elle le donne à Suzanne tout de suite afin
que tu puisses en changer quand tu voudras. Voilà, mon cher adoré, les fous-rires
d’aujourd’hui. J’espérais, et j’espère encore qu’en allant à l’Académie tu viendras
me
voir ne fût-ceb que pour baigner tes
beaux yeux et prendre ta drogue1. La mère Lanvin a déjeuné avec moi, de là elle a du aller au mont de piété. Elle
m’a dit les mêmes choses que ce que Claire
m’avait rapporté hier de chez M. Pradier.
Attendons encore, comme tu dis, mon cher amour, et puis nous verrons.
Je t’aime
mon Toto adoré, je t’aime mon cher amour bien aimé. Tous les jours plus. Tu es si
bon,
si doux, si noble et si charmant, indépendamment de ta beauté divine et de ton génie
que mon amour semble redoubler chaque fois que je pense à toi, c’est à dire à tous
les
instants de ma vie. Je baise tes pieds, tu es mon Victor adoré.
Juliette
1 Victor Hugo souffre des yeux depuis quelques semaines.
a « envoyé ».
b « fusse ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
son père adoptif, l’oncle René-Henry Drouet, meurt hospitalisé aux Invalides.>.
- 12 et 28 janvierLe Rhin.
- Août-octobreVillégiature à Saint-Prix.
- 23 novembreMort de René-Henry Drouet, l’oncle de Juliette, hospitalisé aux Invalides.
