« 4 janvier 1839 » [source : BnF, Mss, NAF 16337, f. 13-14], transcr. Madeleine Liszewski, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.3109, page consultée le 24 janvier 2026.
4 janvier [1839], vendredi soir, 8 h.
C’est encore de mon lit que je t’écris, mon adoré. Je vais cependant me lever pour
dîner et pour laisser remuer mon matelas. Quelle absurde fatalité qui fait que je
suis
malade comme un chien le jour où tu venais déjeuner avec moi ! En vérité, le bon Dieu n’est pas juste de m’envoyer la maladie et la
tristesse le jour où tu venais me donner la vie et le bonheur. Et quoiqu’on doive
respecter la providence même quand elle nous frappe, je n’en suis pas moins révoltée
et attristée contre ce hasard malencontreux qui me prive de la plus grande joie et
du
plus grand bonheur de ma vie. Encore, si ces occasions étaient plus fréquentes, cela
ne me consolerait pas, mais cela empêcherait mon découragement et adoucirait
l’amertume de mes regrets. Enfin il faut vouloir ce qu’on ne peut empêcher. Tâche
seulement de n’ [être ?] pas un mois entre ce déjeuner manqué et un
autre si tu ne veux pas que je sois la plus rageuse et la plus malheureuse des femmes.
Je vais écrire à Mlle François à Mme Krafft pour qu’elle tâche d’aller demain à la caisse. En même temps, j’écrirai à Mlle Hureau pour la prévenir que
Claire ne rentrera que lundi à la pension.
Je n’attendrai peut-être pas ton retour pour renvoyer les lettres à la poste parce
que
j’affranchis celle de Mlle Hureau et que j’enverrai les autres en même temps.
Je t’aime, mon
Victor adoré, je t’aime de toutes les forces de mon âme. Si tu savais quelle
admiration me causenta tes sublimes
versb, et quelle extase j’éprouve à ta
seule vue, et quelle frénésie s’empare de tout mon être quand ta bouche touche ma
bouche, tu ne serais pas étonné de la résistance que j’apporte à de certaines caresses
qui me rendent folle à l’état de santé et me tueraient quandc je suis malade. Je t’aime, mon Victor,
je t’admire, mon grand poète, je t’adore, mon Toto. Papa est bien i. J’aime bien les bonbons qu’il m’a donnésd mais ce que j’aime encore mieux c’est sa douceur que tout l’art des confiseurs et des raffineurs ne
saurait atteindre. Je vous aime vous [illis.] !!!!!
Juliette
a « cause ».
b « ver ».
c « quant ».
d « les bonbons qu’il m’a donné ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle renonce définitivement à son métier et Hugo s’engage, par un mariage symbolique, à l’entretenir et ne jamais l’abandonner.
- 1er févrierLouise Beaudoin, malade, ne peut jouer dans Ruy Blas. Juliette Drouet refuse de reprendre son rôle.
- ÉtéLéopoldine s’éprend de Charles Vacquerie.
- 31 août-26 octobreVoyage en Alsace, Rhénanie, Suisse et Provence.
- Nuit du 17 au 18 novembre« Mariage » symbolique de Juliette Drouet et Victor Hugo, par lequel elle renonce à sa carrière d’actrice et reçoit l’assurance qu’il ne l’abandonnera jamais, et s’occupera de Claire.
